L’EDUCATION #4 : Un Philippe Meirieu Stieglerien…

Pour poser la problématique globale de l’éducation, Philippe Meirieu s’appuie sur les travaux de Bernard Stiegler et en particulier sur le concept remarquable que notre société libidinale s’est progressivement transformée en société pulsionnelle.

La référence aux travaux de Bernard Stiegler intervient plutôt vers la fin de cet extrait mais l’ensemble et riche d’enseignements.

L’éducation #3 : « De la lutte des classes à la lutte des places » par Maxime Mariette

Cheminot, étudiant, ouvrier manutentionnaire, professeur de philosophie… La trajectoire de Maxime Mariette est aussi curieuse qu’improbable. Aujourd’hui, il a laissé tomber l’éducation nationale pour s’engager dans l’éducation populaire, passant d’enseignant à désenseignant. La conférence gesticulée est pour lui, une entrée en matière, la prémisse de ce qu’il aimerait voir devenir son activité professionnelle : agitateur politique. il nous raconte pourquoi.

Hulot dans le bateau !

Nicolas Hulot vient de se coucher sur le nucléaire. Le réformisme en prend un sacré coup. Quelle conclusion devons nous en tirer dorénavant en terme de potentiel d’action?

 

Illustration par Achbé, Ma rue par Achbé

Cruel constat, Nicolas Hulot vient de se coucher sur le nucléaire,  en cédant probablement à la pression d’une frange du gouvernement inféodé à l’industrie du nucléaire, composée d’élites formées dans les grandes écoles et véhiculant une pensée unique et rétrograde issue des année 60. La déception est grande parmi ceux qui avait placé de vagues espoirs de changement dans cet homme providence.

Nous sommes pourtant habitués à ces revirements soudains, et ceci depuis la révolution néo-libérale des années 80. Le détricotage permanent des acquis sociaux arrachés de haute lutte par le CNR constitue un exemple du terrain perdu face à la contre attaque capitaliste. Un scénario identique est à l’oeuvre dans le domaine écologique.

Il y a un enseignement à en tirer. N’en déplaise aux réformistes, il semble bien clair aujourd’hui que la bataille ne peut plus se livrer à partir de l’intérieur. La puissance dominante néolibérale a construit un dispositif redoutablement efficace  dont le grand dessein reste invisible aux yeux du plus grand nombre, en dépit des tentatives répétées des Chomsky, Huxley, Lordon, Stiegler et autres figures de la pensée alternative, pour nous permettre de l’appréhender.

La puissance des média est telle, aujourd’hui, que les représentations sociales ont sédimenté dans l’inconscient de la multitude et que l’atteinte de l’émancipation par une réappropriation du territoire psychique par la conscience est devenu impossible.

Que nous reste t-il lorsque le recours aux urnes ou aux volontés réformistes se traduisent inlassablement par un échec ?

Peut être que notre action, nous, militants de l’éducation populaire, est la seule voie possible. Franck Lepage disait récemment que notre rôle était de créer du temps de cerveau disponible pour préparer la révolution. Force est de constater que le changement, si changement il doit y avoir, ne passera pas par l’intérieur du système mais bien par l’extérieur.

Le gouvernement joue avec le feu en tuant tout espoir d’amélioration, non seulement eu égard aux sorts des plus démunis mais également au niveau de la préservation de la planète, ce qui, pour le coup, nous concerne tous, y compris les personnes les plus insensibles aux conditions de précarité de leurs concitoyens. L’étincelle qui conduira à la sédition est en germe dans toutes ses prises de positions actuelles et peut désormais surgir à toute occasion.

Nous sommes prêts.

L’éducation #1 « Le maître ignorant » de Jacques Rancière

Opus n°1 de nos prises de parole sur le thème de l’Education, Martial Bouilliol nous présente sa vision du livre de Jacques Rancière « Le maître ignorant ».  Il nous raconte la mise en cause par l’auteur du phénomène de « l’explication »,  qui, selon Rancière, renforce les représentations sociales telles qu’elles sont mises en place par le pouvoir dominant.

 

Vaincre Macron, c’est possible !

« Vaincre Macron », c’est le titre du nouveau livre de Bernard Friot. A l’occasion de sa sortie, Histoires Populaires a souhaité rencontrer le brillant économiste pour en savoir un peu plus et pour comprendre comment nous devons passer à l’offensive ! Alors, accrochez vos ceintures, ça va remuer sévère !

Et n’oubliez pas que le combat commence par le partage de cette vidéo !

L’esthétisation de la valeur

Par Martial Bouilliol

Tout le monde connaît la théorie classique de la valeur (Ricardo, Marx…). Tout le monde sait également que cette théorie a été complétée par celle de Walras sur l’utilité marginale puis dépassée à son tour par le concept de l’élasticité-prix de Marshall. Tout le monde s’accorde à penser que la définition de la valeur peut s’articuler autour d’une synthèse de l’ensemble de ces théories. Mais peu d’économistes soutiennent que la valeur procède d’une construction mythique pilotée par le système dominant et que cette construction mythique pourrait occulter l’ensemble des théories économiques de la valeur pour ne plus présenter qu’une théorie esthétique de la valeur. Alors, qu’en est-il réellement ?

Pour déterminer la valeur d’un bien ou d’un service, il suffit en théorie d’additionner sa valeur d’usage correspondant à un besoin et sa valeur d’image correspondant à la mise en jeu d’un affect commun. La somme de ces deux valeurs donnant la valeur d’échange.

La plupart du temps les affects mis en jeu dans la construction de la valeur d’image s’appuient sur une logique anthropologique du désir qui prend racine dans notre rapport à l’altérité. Comme je l’explique dans ma conférence sur « l’Idéologie publicitaire » (Voir ici), cette construction s’articule autour de l’amour propre et du rapport de classes. Nous recherchons dans notre acte consumériste une valeur ajoutée d’image pour nous démarquer des classes sociales inférieures et pour nous rapprocher des classes sociales supérieures. Cette approche a été théorisée pour la première fois par Bernard Mandeville, puis ensuite par Rousseau. Nous la retrouvons également chez René Girard avec la notion du désir mimétique (L’homme désire toujours selon le désir de l’autre) et chez bien d’autres (Marx, Baudrillard… ).

La valeur ajoutée d’image relève d’un processus de construction symbolique permettant au symbole porteur du sens de s’identifier au produit lui même ; Le signifiant devient le signifié. La marchandise toute entière devient valeur d’image. Elle se fétichise. Ce qu’il faut bien comprendre dans ce changement de paradigme c’est la modification de causalité que présuppose cette théorie. C’est notre désir qui confère une valeur à la marchandise et non l’inverse. Ce sont les investissements du désir qui sont les instituteurs de la valeur, nous dit Frédéric Lordon en poursuivant le travail de Spinoza.

La consommation de produit culturel est un formidable exemple de fétichisation du produit consommé et comme preuve de l’inobjectivité de la valeur. La consommation de produit culturel permet de se démarquer des classes sociales inférieures et de s’identifier aux classes supérieures. La consommation de produit culturel consacre le savoir et matérialise la différence. La culture a largement été utilisée par le pouvoir dominant en 1983 tout autant à des fins politiques, pour casser le lien qui unissait depuis 1945 la petite bourgeoisie intellectuelle et le prolétariat, qu’à des objectifs économiques, la stimulation de la consommation. Elle a tellement été utilisée que le produit culturel s’est identifié à sa valeur d’image.

Une œuvre de Damien Hirst par exemple, ne vaut pas par la seule quantité de travail incorporée à l’œuvre, pas plus que pour son utilité marginale ou le niveau de son élasticité-prix, mais bien par le surplus de valeur d’image qu’elle contient. Ce surplus de valeur d’image n’est pas la résultante d’une quelconque mise un jeu d’un rapport entre une demande et une offre. Il n’y a pas plus de demande pour « le requin en plastique dans son aquarium » de Hirst que pour un chien sculpté en ballon de Koons. L’oeuvre de Hirst, ou celle de Koons, est devenue un condensé de valeur d’image au point que la valeur d’usage disparaît complètement. Le prix de ces œuvres n’est donc plus que pure construction sociale, pure convention. La valeur d’échange de ces oeuvres est donc un a priori posé comme tel. Elle résulte d’une construction arbitraire et mythique établie par le pouvoir dominant. Il n’y a pas de valeur en soi, il n’y a que des processus de valorisation. La valeur d’une marchandise ou d’un service est extrinsèque.

A partir du moment ou il n’existe que des processus de valorisation et pas de valeur en soi, c’est le système au pouvoir par le truchement des institutions qui détermine la valeur des marchandises et des services. Et ces institutions déterminent la valeur par la mise en scène des affects communs. Affects communs étant entendus en tant que variation de la puissance d’agir dans la logique Spinosiste. Si nous changions de système nous aurions une hiérarchie de la valeur tout à fait différente. Le travail d’une assistante de vie sociale (AVS), par exemple, pourrait être gratifié d’une valeur plus importante que celle revenant au travail d’un trader. Le prix d’un flacon de Channel N°5 pourrait être inférieur au prix d’une bouteille de lait, tout simplement parce qu’un autre paradigme pourrait engendrer un principe de détermination du prix radicalement différent.

Une nouvelle logique prenant appui sur le matérialisme historique aurait pour le moins l’avantage de nous sortir du principe actuel de négation de la production. Il est assez frappant de constater aujourd’hui que la construction de la valeur induit un déni de la production puisque celle-ci est noyée dans une valeur d’image omnipotente. La valeur d’échange de la marchandise ou du service s’étant intégralement dissoute dans sa valeur d’image, la notion de production de cette marchandise ou de ce service n’a plus d’existence réelle. Le produit fétichisé est fantasmé. Il s’est consumé dans sa consomption.

On voit assez rapidement le bénéfice que peut tirer la classe dominante d’une production occultée. Si la production n’existe plus au yeux de la multitude, sa valeur, de fait, est faible voire nulle. Le travail ne vaut donc plus. Seul le capital reste productif. Le rôle des travailleurs n’est plus central, ce qui justifie la faible part qui leur revient dans l’affectation de la valeur de production entre les différents agents de production . Leur travail ne participe que marginalement à la construction de la valeur et ne nécessite pas en retour de valorisation particulière.

Cette logique justifie toutes les survalorisations du capital par rapport au travail. Les détenteurs du capital sont les grands bénéficiaires de cette esthétisation de la valeur tout en essayant de nous faire croire que la valeur économique est le fruit d’une science quantitativiste. « Les valeurs de l’économie, les valeurs monétaires n’échappent pas à l’ordre commun de la valeur. Les rapports économiques n’échappent en rien à l’empire de l’opinion et de la croyance. » Durkheim.

La structure institutionnelle – pour parler vrai, le pouvoir économique dominant – est productrice des affects communs, et cette production s’opère par un agencement bien pensé entre publicité, communication et industries culturelles. La structure institutionnelle est donc opératrice des fausses valorisations dans le but bien compris de protection du capital des puissants. L’esthétisation de la valeur devient le nouvel enjeu de la lutte des classes.

 

 

 

 

Consentement, publicité, et faille dans le système capitaliste

Par Martial Bouilliol

Une propagande efficace est indispensable à la pérennité de tout système politique. Qu’ils soient d’obédience communiste, monarchiste ou capitaliste, la réussite des régimes passe par un contrôle rigoureux de la pensée de la multitude. Huxley (« Le meilleur des mondes ») et Chomsky (« La fabrication du consentement ») nous ont consciencieusement détaillé les modalités de mise en oeuvre de ce contrôle.

L’enjeu réside dans la capacité du système à fabriquer des mythes. Ce sont les mythes qui recèlent le pouvoir de modéliser les consciences, d’imprégner les psychismes et de loger les représentations sociales idoines dans l’inconscient collectif.

Le capitalisme a su construire les siens. La Fable des abeilles de Bernard Mandeville ou la main invisible d’Adam Smith en sont des illustres exemples. Des fables et des contes destinés à bâtir des croyances. Mais les Dieux de cette réalité révélée ont également leur messie. Il fallait, quelque part, que cette mission soit incarnée, il fallait une réification afin de mettre en œuvre l’entretien des feux de la croyance et les énergies de la foi. Edward Bernays, missionné par le gouvernement américain afin de manipuler les foules, fut l’un des principaux artisans de cette vaste polémologie noétique. Il créa la publicité. Elle allait à la fois devenir la pompe à fric de l’économie capitaliste, la garantie du contrôle des media et le moyen de capter l’attention de la population à des fins d’asservissement.

Le propre de la publicité est de modeler l’attitude des individus. Il est important à ce stade d’opérer une distinction entre les concepts « d’attitude » et de « comportement ».

L’attitude, c’est la posture que vous adoptez envers un objet, une marque, une institution… C’est l’image que vous vous en faites, ce que vous en pensez. L’aimez-vous ? Pensez-vous que c’est une bonne marque pour vous ? Représente-t-elle quelque chose pour vous ? Fumer des Marlboro, par exemple, vous rend plus fort. L’attitude que vous avez dans ce cas vis-à-vis de la marque Marlboro est positive car l’imaginaire qu’elle renvoie (le cowboy solitaire dans les plaines du Farwest) vous donne de l’assurance et de la confiance en vous.

Le comportement, en revanche, c’est ce que vous allez faire concrètement vis-à-vis de la marque, c’est la manière dont vous allez interagir avec elle. La manière de vous comporter générera un achat, ou pas. Le comportement pourra, par exemple, être affecté par des incitations promotionnelles. En supposant que la législation l’autorise, un paquet de cigarettes gratuit pour un paquet de cigarettes acheté a toutes les chances de favoriser le développement des ventes. Il va de soi que si l’attitude vis-à-vis d’un produit est préalablement bonne, un stimuli affectera le comportement de façon plus efficiente que si l’attitude est neutre, voire négative.

Edward Bernays et ses héritiers ont été en charge pendant toute la période Fordiste de la construction de l’image du capitalisme libéral. Et cela a tellement bien marché, que seule une vague poignée de vieux révolutionnaires s’y oppose encore aujourd’hui.

Pour autant, le fait qu’il existe des personnes de plus en plus surqualifiées par rapport au marché du travail et se trouvant en situation de précarité peut laisser supposer que si l’attitude vis à vis du capitalisme est favorable, le vécu, c’est à dire l’expérimentation de celui-ci, n’est pas toujours à la hauteur de l’image fabriquée.

Imaginons une matrice ayant en abscisse la valeur que nous octroyons au capitalisme libéral, c’est à dire la force de son image, bref notre attitude vis à vis du capitalisme, et en ordonnée l’expérimentation que nous avons de celui-ci.

               Matrice de la Valeur du Capitalisme

Plus nous croyons dans les vertus du capitalisme et plus notre expérience vécue de celui-ci en terme de travail, d’ascension sociale, de succès financier est bonne, plus nous nous rapprochons du bien être. En revanche, si nous avons une image favorable du système capitaliste mais que les diplômes acquis ne nous permettent pas d’envisager la situation qui nous est promise, nous tombons rapidement dans la frustration.

Et c’est précisément cette situation que nous vivons en ce début du XXI ème siècle.

Pour essayer de la corriger, le pouvoir dominant capitaliste a essayé tout d’abord de nous abreuver en affects joyeux et la publicité, à ce titre, a joué un rôle important. Face à l’échec programmé de cette stratégie, il s’est rabattu sur un programme tentant d’améliorer notre expérimentation du capitalisme libéral : baisse des charges des entreprises, baisse de l’IS, CICE, polarisation sur le bien être au travail, aménagement de l’ISF, valorisation du capital, etc.

Aujourd’hui, le nombre de personnes en souffrance est de plus en plus grand, nous le savons et nous le constatons tous les jours… Mais plus grave, la frustration augmente en permanence, en témoigne le nombre de burn out en progression constante.

Le point de bascule est proche, lorsque les mythes seront remis en cause, lorsque cette croyance en un système mortifère va s’effondrer, lorsque des millions de personnes s’apercevrons soudain que le roi est nu, que toute cette mythologie a été produite, pensée et orchestrée afin de défendre une poignée de nantis, une oligarchie exploiteuse.

On comprend immédiatement que d’ici là, il est urgent de développer une culture commune, critique, en opposition à celle du pouvoir dominant, une culture qui aurait pour objectif la désaliénation des individus, qui permettrait aux plus jeunes de penser par eux même, qui serait ancrée dans la réappropriation de notre propre conscience individuelle et collective, une culture qui nous mènerait sur le chemin de l’individuation, qui développerait et accentuerait notre angle alpha, celui qui, théorisé par Frederic Lordon, matérialise la différence entre le comportement que nous avons et celui que le psycho-pouvoir espère que nous ayons, une culture qui nous préparera à la sédition lorsque cet angle alpha atteindra la perpendicularité, bref, une véritable culture populaire politique.