NADAL ET LA FABRIQUE DES MYTHES

Le capitalisme a basé sa survie sur la création de mythes, de fables, de fiction, de grands récits… L’application de ce principe dans le domaine du sport implique la mise en place de légendes : Messi, Ronaldo, Schumacher, Slater, Riner, Bolt, etc… Personne ne sera assez con pour penser que ces gens là sont réellement plus forts que les autres. Il suffit juste d’être sportif pour le savoir. Enfin, un sportif émancipé, à l’esprit critique, j’entends…. Le cas du Tennis est un exemple remarquable. Une des caractéristique du capitalisme est sa soif dévorante d’accumulation. Les parasites prédateurs n’en ont jamais assez. Alors, pourquoi ne pas créer 2 mythes au lieu d’un seul, ça permettrait de vendre encore plus de T-shirts, de chaussures, de billeterie, etc… Aujourd’hui, dans le tennis, c’est chose faite. A tel point que le mythe N°1 Féderer, laisse le soin au mythe N°2 (Nadal) de s’exprimer sur la terre battue en toute liberté. Lorsque le pot belge espagnol sera trop vieux et usé et que le défiscalisé Suisse Dubaïote sera hors course, le 3 ème mythe ressurgira, le poing levé, pour perpétuer l’histoire et prolonger le gavage capitaliste. Djoko sera bientôt de retour. Le capitalisme ne va quand même pas laisser crever la marque Lacoste, non ? Idéalement, nous aurions un mythe par saison ou surface. La terre avec Nadal ou Thiem, le gazon avec Fed, l’indoor avec Isner (il va quand même nous falloir un américain à un moment), Zverev sur dur, etc… Dès lors, il serait possible de vendre 4 fois plus de saloperies. Et nos enfants, Nike aux pieds, couleront des jours heureux en jouant à TennisWorldTOur, sans jamais avoir touché une raquette de leur vie…. Et, en attendant l’effondrement général du capitalisme, nous regarderons tout ça avec des yeux attendris en vénérant je ne sais quel autre Dieu imaginaire.

Le Soldat Amédéo

Le film « En Guerre », de Stephane Brizé, avec Vincent Lindon dans le rôle du soldat Amédéo, nous montre les drames, les ambiguïtés et les difficultés de la lutte sociale. La détresse dans laquelle il nous laisse pourrait nous laisser démunis quand à la conduite à tenir en la matière. Il nous laisse pourtant qu’une solution, la récupération au profit de la classe prolétarienne de la devise néo-libérale Tatchérienne : « There is no alternative ». Il n’y a pas d’autre alternative que d’être en guerre.

Du film « En Guerre », de Stephane Brizé, avec Vincent Lindon, on en sort épuisé, les membres encore tout tremblants de la violence du choc ressenti. Et puis la haine monte, lentement, mais surement. Une boule se forme au niveau de l’estomac jusqu’à la gorge qui se noue inexorablement. Une haine puissante, inextinguible, dévastatrice et ineffaçable. Une haine qui a identifié son objet. Une haine que nous savions déjà là mais dont l’expression ne trouvait pas de point d’appui. Anciennement tourné vers un système abstrait, l’objet de cette haine s’en trouve aujourd’hui réifié. Désormais l’ennemi a un visage et des noms.

Le film de Brizé aura à minima ce mérite. Celui de nous apprendre à identifier notre ennemi. Bien sur nous savions déjà que les dominants s’incarnaient dans la figure des chefs d’entreprises, des cadres dirigeants, de leurs protecteurs, les politiques. Mais nous possédons maintenant une nouvelle arme. Nous savons les repérer en fonction de ce qu’ils disent. Et leur appartenance au clan opposé réside dans une phrase toute simple et ses nombreuses variantes. Dès lors que vous entendez « mais tu sais, il n’y a pas d’autres solution » ou « c’est comme ça on ne peut pas faire autrement », ou encore « oui mais c’est la moins mauvaise des solutions », vous savez que, face à vous, vous avez un irréductible défenseur du système oligarchique en place et que cette personne choisira toujours votre sacrifice, plutôt que la remise en cause de l’ordre établi et ce choix sera systématique quelle que soit la situation dans laquelle vous vous trouverez. Cette personne choisira toujours de vous effacer, de vous supprimer, de vous nier, de vous tuer. Vous aurez devant vous votre potentiel meurtrier.

Nous ne faisons pas la guerre à un « système » même si nous souhaitons plus que tout sa destruction, nous faisons la guerre à des personnes, des individus qui incarnent ce système. Des individus dont les arguments se retranchent derrière la défense idéologique inébranlable de ce système. Nous nous battons face à des Eichmann, des petits soldats sans âmes, irréductibles, incarnés par les personnages entourant le PDG Hauser, les DRH, les conseillers juridiques, les hommes de marketing. Des Eichmann qui ne pensent pas, qui n’ont qu’une logique, celle du marché. La logique qu’on leur a enseignée toute leur vie. Ils sont dans leur temps, ils vivent dans leur époque, et dans cette époque, il n’y a pas d’alternative. C’est comme ça. Point final.

Au delà de cette haine perceptible, forte et légitime, le film conforte une position politique claire et implacable. Celle qui consiste à dire qu’il n’y a pas de solution intermédiaire. Le capitalisme ne se réformera pas. Il mourra tel qu’il est. Et il ne se réformera surtout pas de l’intérieur. Si tout cela « est comme ça », il est donc vaint d’essayer de le réformer. Toute tentative de générer parallèlement des expériences alternatives est fatalement vouée à l’échec. Raisonnement implacable et terrifiant. Et cela nous amène irréductiblement à la seule conclusion possible. Le capitalisme doit disparaître. Vite. Avant que nous soyons tous immolés de grès ou de force, comme Amédéo, le personnage incarné par un Vincent Lindon remarquable… Ou plutôt, devrais-je dire, nous devons le faire disparaître. Il est dès lors inutile de se rallier à des partis politiques réformistes, fussent-ils d’obédience « France Insoumise ». Car le capitalisme trouvera toujours des moyens de chantage, comme le laisse parfaitement entrevoir le film, pour nous diviser, ce qui ne serait pas très difficile, ce qui n’est pas très difficile, ce qui est déjà tout simplement le cas. Notre combat, si toutefois nous souhaitons obtenir une victoire in fine, doit être total et sans condition. Nous devons tous être des Amadéo. Car lui seul possède les clés de la victoire. La chute du capitalisme passe par la suppression de la notion de capital et par l’abolition de la propriété lucrative. La logique de guerre contre le capital nous impose un raisonnement dual. Une porte ne peut être à la fois ouverte et fermée. Il n’y a pas de gris dans cette histoire. Il n’y a pas d’eau tiède. Il n’y a pas de place pour des compromis qui nous conduiraient irrémédiablement à l’échec. C’est noir ou blanc. Dans la logique capitaliste comme dans la logique anticapitaliste, il n’y a pas d’alternative. Il est vraiment l’heure de se mettre « en guerre ».

E.Leclerc, ou l’agitation capitaliste

La dernière publicité du groupe Leclerc vous propose de rapporter en magasin les prospectus de l’enseigne que vous recevez dans votre boite aux lettres. En contrepartie de tout prospectus ramené, l’enseigne propose de reverser 2 centimes d’euro à la fondation pour la recherche médicale…..
La première fois que j’ai pris connaissance de cette communication, je me suis dit que l’enseigne poursuivait ses actions en faveur d’un meilleur comportement écologique qui s’inscrivait dans la suite logique d’opérations du type « Nettoyons la nature » …
Et puis, bien conscient que la communication des marques n’est jamais gratuite et la plupart du temps profondément manipulatrice, je me suis mis à réfléchir à l’objectif dissimulé de cette action de green-washing. Et ceci d’autant plus qu’un grand nombres d’incohérences sont immédiatement décelables.
Il paraît en effet pour le moins indécent de demander à autrui, qui plus est quand autrui en est la victime, de réparer son propre méfait! Pourquoi l’enseigne ne prend elle pas tout simplement la décision de supprimer directement tout recours à cette forme de publicité ?
Ensuite, demander le retour des prospectus revient à en reconnaître implicitement la nuisance. Le prospectus pollue, détruit les forêts, constitue une intrusion insupportable dans la vie des individus. C’est une aberration écologique. Son seul intérêt, c’est de permettre au distributeur de gagner de l’argent et pas seulement par la vente des produits qui y sont promus mais dans la conception même de l’outil. Il faut savoir en effet que la fabrication d’un prospectus donne lieu à une participation financière des industriels sous la forme de ce que l’on appelle la « coopération commerciale ». Un racket organisé, qui permet non seulement au distributeur de financer l’intégralité du prospectus mais qui lui permet aussi de dégager une marge nette substantielle dans une non-transparence absolue.
Ce qui m’a également surpris, c’est la contrepartie caritative. Pourquoi en effet conditionner la démarche soit-disante altruiste, en faveur de la recherche pour Alzheimer, à la récupération de prospectus, ce qui, il faut bien le constater, n’a pas grand-chose à voir… Un soutien direct, franc et massif pour la recherche aurait sans doute épargné à l’enseigne les réactions comme celle que je peux avoir aujourd’hui.
Le pire étant évidemment la limitation. L’opération est conditionnée. Il faut être porteur de la carte E.Leclerc et vous ne pouvez pas rapporter plus de 3 prospectus… Pourquoi une telle pingrerie ?
En fait, c’est grâce de cette contingence que la supercherie peut être dévoilée. La recherche pour Alzheimer, il va de soit que Leclerc n’en a cure, sinon il aurait été beaucoup plus simple d’effectuer une donation directe ou de ne pas limiter le nombre de prospectus rapporté. En réalité, le but non avoué de l’opération est de faire en sorte de maximiser la prise en main des prospectus, de s’assurer que les clients potentiels en prennent connaissance, d’en optimiser la lecture. Tout en s’appuyant sur une posture tentant de nous persuader que l’enseigne rejette l’utilisation de ce média en reconnaissant son caractère anti-écologique.
Cette opération est confuse et témoigne finalement d’une grande panique.
Le capitalisme semble s’enliser dans ses contradictions, ne sachant plus quoi inventer pour prolonger son règne de quelque années supplémentaires . Gavé de publicité, lobotomisé aux mécaniques promotionnelles trop complexes des enseignes pour être honnêtes, le « consommateur » ne se rend heureusement plus compte de rien. Un consommateur qui n’a d’ailleurs plus rien d’un « consom’acteur », n’en déplaise aux conseillers et au markéteux de tous poils.
Bien au contraire, il reste persuadé que Leclerc est une sorte de zorro, assurant la défense du citoyen face au lobby industriel ou aux méchantes corporations opposée aux dérégulations, symboles d’une modernité usurpée.
Ce n’est qu’à ce prix que le capitalisme peut encore espérer sauver sa peau.
Martial Bouilliol
NB : Puisque nous parlons de prospectus, je vous invite à signer cette pétition destinée à en limiter les funestes effets : https://www.change.org/p/nicolas-hulot-interdisons-les-prospectus-publicitaires-non-sollicit%C3%A9s

IDRISS ABERKANE, ROUE DE SECOURS DU CAPITALISME

Les critiques à l’encontre du discours d’Idriss Aberkane sont légions. Il y a de nombreuses raisons à cela. Certains le font par simple jalousie, envieux de la réussite médiatique du jeune prodige. D’autres sont désireux de rétablir une vérité scientifique par rapport aux inexactitudes professées par ce « chercheur » en sciences cognitives. D’autres encore sont choqués par le caractère hagiographique du CV d’Aberkane.

 

Pour autant, nous pouvons comprendre l’intérêt qu’il suscite auprès des détenteurs du pouvoir économique. Dans un monde qui perd pied, les politiques économiques actuelles doivent réaffirmer leur légitimité. Le capitalisme se sait condamné à terme. Tout acteur un tant soit peu averti est parfaitement conscient que le système vit ses dernières heures. Accumuler le maximum de profit sur les 15 prochaines années reste le dernier enjeu significatif pour les capitalistes libéraux.

Certes, le problème n’est pas nouveau et l’histoire du capitalisme est déjà émaillée de nombreuses tentatives destinées à restaurer un brin de confiance face à la baisse tendancielle des taux de profit. Nous avons déjà eu droit au mythe Schumpeterien, à la révolution libérale, au passage de l’usage à l’image, au recours aux théories comportementales, à la transformation du désir en pulsion, etc… Hélas, trois fois hélas, ces tentatives ont toutes échouées in fine, démontrant au passage que le système capitaliste est fondamentalement inefficace dans sa capacité à nous prodiguer de l’équité, de la liberté, de la solidarité et du bonheur.

 

Alors, dans cette guerre de l’esprit, – les fables fondatrices du capitalisme doivent rester crédibles – le discours d’Idriss Aberkane résonne comme une des dernières opportunités permettant de prolonger pour quelques années encore l’enrichissement de quelques uns dans un océan d’entropie.

 

Le discours d’Idriss Aberkane utilise toutes les clés de la manipulation : conditionnement associatif, performativité, symbolisme, etc. Il est tellement efficace qu’il pourrait susciter une certaine forme de consensualité. Le discours critique pourrait même parfois se retrouver dans certaines de ses propositions :

– La suppression des notes à l’école permettrait de modifier sensiblement le modèle élitiste dans lequel nous vivons et favoriserait l’accès au savoir critique pour de nombreux citoyens jusqu’ici exclus du système scolaire.

– La mise en branle d’une économie de la connaissance permettrait une meilleure individuation des acteurs en permettant un rapprochement entre la production et la consommation des idées.

– La prise en compte de la logique Spinoziste consistant à reconnaître l’irrationalité de l’homme et le fait que nous sommes guidés par nos affects, aurait pour conséquence la reconnaissance du déterminisme et donc de nombreuses incidences en terme de droit, de justice, de morale et surtout d’économie, ce qui devrait irrémédiablement conduire à la fin de deux siècles de convictions classiques et monétaristes.

– La reconnaissance de la manipulation opérée par le marketing et la publicité ouvrirait des perspectives de désaliénation. « Libérez votre cerveau » semble même être un appel à une forme de résistance.

Etc.

 

Mais très vite, l’illusion s’évapore.

Dans la logique Aberkanienne, le maniement de ces concepts n’a pas pour objet de changer fondamentalement le cours de choses. La dimension sociale n’est jamais évoquée, les principes de domination ne sont jamais abordés, la notion de propriété – pourtant essentielle – n’est pas un sujet.

Dans le meilleur des cas, le discours sert des aspirations de développement personnel. Mais il ne vise en fait qu’à remplacer une ancienne classe dirigeante figée, rouillée, usée, sédentarisée, paralysée par une nouvelle classe dirigeante, moderne, dynamique, audacieuse, décomplexée, résolue.

 

Si elle n’a pas suivi les mêmes cursus que celui de ses aînées, cette nouvelle élite poursuit néanmoins les mêmes objectifs, elle ne le fait pas avec les mêmes moyens mais sa rapacité reste la même, son instinct prédateur reste intact.

Tout change mais en fait rien ne change

 

Ce renouveau affairiste me fait terriblement penser à ce que nous avons vécu en France au niveau politique : un dégagisme qui n’a fait que remplacer des individus par de nouveaux individus possédant la même idéologie conservatrice et la même ambition : perpétuer un système mortifère au profit des puissants pour quelques années supplémentaires.

 

 

Vaincre Macron, c’est possible !

« Vaincre Macron », c’est le titre du nouveau livre de Bernard Friot. A l’occasion de sa sortie, Histoires Populaires a souhaité rencontrer le brillant économiste pour en savoir un peu plus et pour comprendre comment nous devons passer à l’offensive ! Alors, accrochez vos ceintures, ça va remuer sévère !

Et n’oubliez pas que le combat commence par le partage de cette vidéo !

LIDL DES JEUNES

Martial Bouilliol a travaillé pendant 20 ans dans l’univers de la grande distribution avant de se consacrer à l’Education Populaire. Il revient aujourd’hui sur la réponse de Lidl aux critiques formulées dans l’émission d’Elise Lucet, Cash Investigation qui a été diffusée mardi sur France 2 et qui révèle des pratiques de management abusives au sein de l’enseigne.

Cela fait quelques jours que l’émission a été diffusée et je dois dire ma surprise face aux nombreuses réactions d’indignation. J’ai le sentiment étrange de voir un nombre de personnes de plus en plus important, et qui plus est, de nombreux salariés de la distribution, s’indigner des pratiques de Lidl, un peu comme s’ils n’en avaient jamais eu conscience. Pourtant, cela fait plus de 50 ans que le système fonctionne ainsi, dans un asservissement général des employés au profit d’une minorité détentrice du capital. Ça s’appelle d’ailleurs le capitalisme. Et cette idéologie fonctionne ainsi. Dans sa logique prédatrice.

Ces pratiques en sont consubstantielles et je m’étonne qu’une simple émission de télévision, fut-elle de grande qualité, agisse à ce point comme un révélateur, jusqu’à susciter des grèves dans certains magasins LIDL.
Je faisais part à mon entourage de mon étonnement lorsque quelqu’un m’a suggéré une explication : «  Tu sais, c’est juste que chacun souffrait seul dans son coin sans savoir que l’employé d’à côté éprouvait le même sentiment. Du coup l’émission d’E.Lucet agit non pas comme un révélateur des pratiques mais comme un déclencheur d’empathie et de solidarité. Les salariés se disent soudainement : je ne suis pas seul, ce n’est pas moi le problème bien que l’on ait essayé de me convaincre du contraire, en fait je suis victime d’une injustice et nous sommes nombreux à l’être ».

Du coup j’ai compris comment une simple émission de télé pouvait amener un changement de regard et je me dis que parfois que, bien plus que de longs discours, se sont de simples petites étincelles qui peuvent amener le feu de la sédition.

En revanche, ce qui m’a beaucoup moins surpris, c’est la réponse promise de Lidl, gorgée de propos lénifiants et attendus, propres d’une démarche technique dénuée de toute humanité. Je me permets aujourd’hui de la commenter point par point.

  • Concernant les extraits de l’enregistrement :

Ce que dit LIDL : « nous les condamnons sans aucune ambiguïté. Au travers une récente enquête auprès de nos salariés, nous constatons que la perception du management au sein de notre entreprise s’améliore ».

Ce qu’il faut comprendre : C’est une rhétorique de défense classique et professionnelle : 1) L’accusé reconnait l’erreur ; 2) L’accusé promet une amélioration.

Ce processus de défense est en général toujours le même : la contre-attaque consiste toujours à reconnaître les excès d’un système, promettre une régulation de ce système mais sans JAMAIS REMETTRE EN CAUSE LE SYSTEME LUI-MÊME. A l’échelle de Lidl, le pari consiste à espérer que tout sera oublié dans quelques semaines (ils ont probablement raison) et que leurs exactions pourront rapidement reprendre.

 

  • Concernant le système de commande vocale :

Ce que dit LIDL : « Nous y avons apporté des améliorations en prenant en compte les remarques de nos collaborateurs. Nous utilisons cet outil pour améliorer la qualité de la préparation. En revanche, nous n’avons pas constaté d’amélioration de la productivité. »

Ce qu’il faut comprendre : Il ne faut pas manquer de culot pour prétendre que l’automatisation n’apporte pas de gain de productivité. Nous savons aujourd’hui que la robolution permet de dégager des profits bien supérieurs. D’ailleurs il y a fort à parier que la plupart des emplois des plate-formes logistiques disparaitront dans les 10 ans (Rapport du Sénat, Rapport Gartner, rapport du MIT, rapport d’Oxford, rapport de Davos, etc…). Le procédé, là encore, est classique et utilise le principe de la désinformation la plus totale, avec la croyance (parfois fondée) que plus c’est gros, plus ça passe.

 

  • Concernant le poids des colis :

Ce que dit LIDL : « nous continuerons à redoubler d’efforts pour améliorer le travail de nos préparateurs grâce à nos investissements au niveau matériels et équipements, la formation liée aux gestes et postures et nous travaillons à la baisse progressive du poids des colis»

Ce qu’il faut comprendre : Cette réponse est une réponse technique à un problème humain. Donc une mauvaise réponse, une réponse hors sujet. La technocratie s’est mis en branle. De mauvais conseil en RH sont intervenu, révélant au passage la vraie nature des Ressources Humaines : déshumanisée, positiviste….

Il est question de souffrance au travail, de considération, de repos, de récupération. Pas un mot là dessus bien évidemment, aucune évocation de la pénibilité pour éviter que la problématique du salaire ne soit abordée, une réponse qui parle de matériel, de formations… Bref, une réponse totalement autocentrée dans laquelle l’humain n’a pas sa place.

 

Pour terminer, ce qui est probablement le plus extraordinaire dans toute cette affaire, c’est que l’on finit par voir des salariées de Lidl défendant leurs patrons sur les réseaux sociaux, sans avoir la moindre conscience de leur propre exploitation. C’est une magnifique illustration de ce qu’est la SERVITUDE VOLONTAIRE. La Boétie l’a théorisée, Chomsky l’a développée, Lordon continue de l’illustrer mais rien n’y fait. L’aveuglement de certains employés par rapport à leur propre aliénation est total, au point de soutenir leurs bourreaux. Ils sont dans l’illusion d’un bonheur simulé et irréel… Incontestablement les meilleurs avocats de LIDL.

Philippe Corcuff : une vision du capitalisme

Le capitalisme cache un certain nombre de contradictions majeures, qui sont susceptibles de révéler sa fragilité. Philippe Corcuff, sociologue, universitaire, maître de conférences de science politique à l’Institut d’études politiques de Lyon, militant libertaire et altermondialiste, auteur de nombreux ouvrages sur le sujet, accorde à Histoires Populaires une interview dans laquelle il nous livre les contours de ces contradictions.

Pauvre Marx

Par Martial Bouilliol

 

La victoire d’Emmanuel Macron au second tour de l’élection présidentielle de 2017 consacre avant tout une excellente stratégie marketing mise en place par le pouvoir dominant.

Une fois de plus le capitalisme néo-libéral nous a montré son savoir faire de haute facture.

Marx avait beaucoup d’admiration pour les néo-classiques. Et il avait bien raison. Depuis Mandeville au 17ème siècle, puis avec Adam Smith, le capitalisme naissant a su bâtir des mythes et des fables qui ont constitué les fondements de son idéologie. Il a réussi à rendre crédible la Fable des Abeilles tout autant que le mythe de la main invisible. Et surtout, il a réussi à ériger cette simple croyance en système opérationnel.

Pauvre Marx, il n’avait pourtant pas tout vu.

Il n’a pas eu la « chance » de voir, par exemple, les think tank américains à l’oeuvre dans les années 20 et la naissance du formidable complot mis en scène par Edward Bernays relayé par Hoover, le 31ème président américain, en particulier lors de cette fameuse réception de 1928 où il convoqua l’ensemble de l’intelligentsia publicitaire américaine et lui tint à peu près ce langage : « Messieurs les publicitaires, notre récente expérience a prouvé que votre rôle est déterminant. Vous avez un pouvoir immense, celui de séduire les foules et de les faire penser ensemble, de façon commune… Dorénavant votre job à vous tous, publicitaires, c’est de créer le désir, de transformer les hommes en automates du bonheur, de les transformer en machines qui deviendront la clé du progrès économique. Bon travail et God bless America »

Il n’a pas non plus eu la « chance » d’assister à la révolution néo-libérale des années 80 qui a donné lieu en matière de publicité à l’incroyable idée diabolique consistant à substituer aux mécaniques du désir la mécanique de pulsion – je vous renvoie pour plus d’explications vers les théories de Bernard Stiegler à ce sujet.

Pendant ce temps, le peuple, fabriqué au consentement « chomskieste » se complaisait dans la servitude volontaire.

Le coup de grâce sera donc porté en France, en ce soir du 7 Mai 2017. Marx ne verra donc pas non plus le 3ème round de la saga capitaliste, un capitalisme certes un peu en tension, certes un peu à bout de souffle, mais toujours vivace et inventif.

Cette troisième « torsion » orchestrée par le pouvoir dominant ploutocratique ne pouvait pas mettre en scène une nouvelle révolution libérale. Deux révolutions, ça commence à être peu crédible. On a beau appeler à la rupture en permanence, faire la rupture sur la rupture sur la rupture, au bout d’un moment, le peuple peut s’apercevoir de la supercherie…

Il ne pouvait pas non plus inventer de nouvelles méthodes de manipulation plus performantes. Tout était déjà bien huilé. Le peuple se rendait déjà régulièrement au supermarché, avait l’impression de vivre en démocratie, croyait au libre-arbitre et était convaincu que le travail était émancipateur.

Il fallait donc que cette nouvelle torsion se déplace vers le terrain politique. En créant le FN d’une part et en théorisant la fin des partis d’autre part, le capitalisme a donc su trouver une porte de sortie honorable, réifiée par un pur produit pré-fabriqué, sans âme mais qui fait le boulot. Un petit pantin belle gueule qui saura, nul n’en doute, renvoyer la balle car c’est un excellent joueur de tennis de table. Et que de nombreuses garanties ont été prises.

Marx serait stupéfait de tant de machiavélisme. Une nouvelle fois, il serait admiratif des marketeux de l’ombre, du travail des think tank, de la prouesse des lobby.

Le capitalisme rebondit encore une fois. Tant que le roitelet n’est pas nu, il peut encore y croire. Mais jusqu’à quand ? Une nouvelle force grandissante gronde à ses portes. Une nouvelle génération de précaires qui a compris, en dépit de ses bac +5, qu’elle serait privée de l’accès au marché du travail. Leurs parents, issus de la petite bourgeoisie intellectuelle vont aussi, par capillarité, commencer à le comprendre. Alors il nous est permis d’espérer que le bloc historique de Gramsci se reforme. Une nouvelle alliance entre la petite bourgeoisie et les prolétaires. Une force incroyable de plus de 50 millions de français. Une France insoumise aux manipulations répétées de la doxa néo-libérale. Une France qui empruntera les pas de Michel Foucault à Zabriski Point et verra enfin la lumière sur son chemin.