Petit glissement sémantique anodin en apparence

Comment manipuler les mots pour modifier l’image d’une pratique destructrice en une pratique constructive : l’exemple de la communication…

Au début, elle s’appelait « Propagande »… mais la propagande, c’était sale, trop guerrier…

On a donc décidé de l’appeler « Réclame »….Mais la réclame, ça faisait un peu comme si on réclamait directement aux clients leur argent… Trop visible, trop gênant.

Alors, on l’a appelée « Publicité ». Mais la publicité c’était trop « top down », trop voyant, trop péremptoire, donc attaquable.

Enfin, on a finit par l’appeler « Communication ». Ainsi, personne ne pouvait plus la critiquer, car il est évident que l’on a tous besoin de communiquer.

Ni vu, ni connu.

Le dépassement des partis ou le risque de la disparition des idéologies

Dépasser les partis ? Pour quoi faire ?

L’élection de Macron signe aujourd’hui la victoire d’une vision qui voudrait que les partis politiques soient la cause des défaillances observées dans notre démocratie actuelle.

Cela renvoi d’ailleurs à une vision ancienne ayant conduit à la mise en place de la 5ème République, puisque le général De Gaulle lui-même justifiait ainsi la mise en place du suffrage universel pour l’élection du président. Il faut selon-lui, que le chef de l’État soit au dessus de la mêlée afin qu’il dirige son gouvernement dans l’intérêt de tous, et non dans l’intérêt d’une fraction de la population :

Cette vision comporte évidemment des failles. En effet, dans la constitution, il est clairement exposé que  :

« Les partis et groupements politiques concourent à l’expression du suffrage. Ils se forment et exercent leur activité librement. Ils doivent respecter les principes de la souveraineté nationale et de la démocratie.

Ils contribuent à la mise en œuvre du principe énoncé au second alinéa de l’article 1er dans les conditions déterminées par la loi. (« La loi favorise l’égal accès des femmes et des hommes aux mandats électoraux et fonctions électives, ainsi qu’aux responsabilités professionnelles et sociales. »)

La loi garantit les expressions pluralistes des opinions et la participation équitable des partis et groupements politiques à la vie démocratique de la Nation. »

En réalité, le rôle des partis n’est pas de diviser les citoyens entre eux en fonction de leurs inclinations, mais bien de les rassembler politiquement en fonction de grandes idéologies afin que l’on puisse arbitrer entre les différentes visions politiques présentent dans la société.

Les idéologies permettent a chaque individu d’adopter une analyse du monde, une explication de la réalité sociale et économique. Vouloir abandonner ou dépasser les partis qui portent ces idéologies, ce serait admettre que toutes les idéologies se trompent et qu’il serait possible de prendre les bonnes décisions sans aucun a priori d’aucune sorte.

Technocratie / Idéologie :

Et si la macronisation des esprits nous conduisait à une dictature technocratique ?

L’aboutissement d’une telle réflexion, et sa victoire électorale récente, nous livre en réalité à la technocratie, à savoir une forme de gouvernement des « sachants », bien formés, bien placés dans la hiérarchie institutionnelle et qui peuvent donner l’illusion que lorsque l’on possède les données d’un problème, la solution s’impose d’elle même, un peu comme l’arithmétique.

Cette pseudo idéologie technocratique pourraient fonctionner si notre société n’était que pure mécanique, et encore, pour un ingénieur il existe souvent de multiples solutions pour résoudre un même problème, et il est souvent obligé d’en tester plusieurs avant de choisir celle qui semble la plus efficiente.

Notre société est bien plus complexe qu’une simple machinerie mécanique, elle est traversée par des dynamiques sociales, des transformations, des évolutions qui dépassent les capacités d’adaptation de nos institutions. Pourtant, nous écrivons aujourd’hui la loi, plus où moins de la même manière qu’il y a 2 siècles. C’est plutôt de ce constat qu’il faudrait tirer des solutions à l’inefficacité actuelle de notre système, et associer les citoyens à l’élaboration des lois et des règlements, afin qu’ils s’en réapproprie la complexité, les équilibres à trouver, et contribuer enfin à mettre en sourdine la vague populiste qui tire si facilement son épingle du jeu dans le climat actuel.

L’intérêt des idéologies et des partis face à une technocratie froide, c’est qu’ils poursuivent un idéal, ce dernier est normalement fondé sur les valeurs commune de la société, schématiquement pour le cas de la France, ces valeurs sont bien représentées par notre devise : « Liberté, Égalité, Fraternité ». Ils diffèrent ensuite sur les moyens d’atteindre cet idéal, et sur les causes qui empêchent de l’atteindre.

La technocratie en revanche ne possède aucun idéal, si ce n’est celui de la gestion de l’État, elle ne possède aucun objectif, ni aucun préjugé concernant les causes et les solutions. la technocratie ne choisie aucun cap, si ce n’est celui du sens du vent. Sa vision du monde est uniquement comptable, mesurable. Finalement, elle ne recherche aucune transformation de la société, mais uniquement son maintien dans un état de fonctionnement viable.

La réalité rattrapera cependant cette technocratie, puisque la classe dirigeante n’est pas neutre politiquement, elle est, elle-même, bercée d’idéologies. Cette élite est également souvent le produit des mêmes milieux sociaux, des mêmes écoles, des mêmes parcours professionnels. Ce fait élitiste actuel ne disparaîtra pas avec l’abandon des idéologies, au contraire, il le renforcera en fermant le faible accès existant de la nouveauté à travers les idéologies et les partis. L’appareil d’État sera donc livré à une forme d’idéologie dominante que personne n’aura pu choisir, mais qui s’imposera d’elle-même sans qu’il soit possible de l’infléchir. Elle s’auto-justifiera en expliquant que chaque décision est la meilleure possible.

Pour finir, je vous invite à regarder le très bon documentaire :

« Ces conseillers qui nous gouvernent »

Il montre avec brio les stratégies technocratiques, et la difficulté de gouverner une administration, même lorsque l’on possède une idéologie forte et une bonne connaissance des rouages.

Pour celles et ceux qui souhaitent poursuivre la discussion, vous pouvez bien entendu le faire en commentaire. Sachez toutefois qu’une discussion riche est déjà engagée sur Facebook et que vous pouvez la rejoindre :

La discussion Facebook

Consentement, publicité, et faille dans le système capitaliste

Par Martial Bouilliol

Une propagande efficace est indispensable à la pérennité de tout système politique. Qu’ils soient d’obédience communiste, monarchiste ou capitaliste, la réussite des régimes passe par un contrôle rigoureux de la pensée de la multitude. Huxley (« Le meilleur des mondes ») et Chomsky (« La fabrication du consentement ») nous ont consciencieusement détaillé les modalités de mise en oeuvre de ce contrôle.

L’enjeu réside dans la capacité du système à fabriquer des mythes. Ce sont les mythes qui recèlent le pouvoir de modéliser les consciences, d’imprégner les psychismes et de loger les représentations sociales idoines dans l’inconscient collectif.

Le capitalisme a su construire les siens. La Fable des abeilles de Bernard Mandeville ou la main invisible d’Adam Smith en sont des illustres exemples. Des fables et des contes destinés à bâtir des croyances. Mais les Dieux de cette réalité révélée ont également leur messie. Il fallait, quelque part, que cette mission soit incarnée, il fallait une réification afin de mettre en œuvre l’entretien des feux de la croyance et les énergies de la foi. Edward Bernays, missionné par le gouvernement américain afin de manipuler les foules, fut l’un des principaux artisans de cette vaste polémologie noétique. Il créa la publicité. Elle allait à la fois devenir la pompe à fric de l’économie capitaliste, la garantie du contrôle des media et le moyen de capter l’attention de la population à des fins d’asservissement.

Le propre de la publicité est de modeler l’attitude des individus. Il est important à ce stade d’opérer une distinction entre les concepts « d’attitude » et de « comportement ».

L’attitude, c’est la posture que vous adoptez envers un objet, une marque, une institution… C’est l’image que vous vous en faites, ce que vous en pensez. L’aimez-vous ? Pensez-vous que c’est une bonne marque pour vous ? Représente-t-elle quelque chose pour vous ? Fumer des Marlboro, par exemple, vous rend plus fort. L’attitude que vous avez dans ce cas vis-à-vis de la marque Marlboro est positive car l’imaginaire qu’elle renvoie (le cowboy solitaire dans les plaines du Farwest) vous donne de l’assurance et de la confiance en vous.

Le comportement, en revanche, c’est ce que vous allez faire concrètement vis-à-vis de la marque, c’est la manière dont vous allez interagir avec elle. La manière de vous comporter générera un achat, ou pas. Le comportement pourra, par exemple, être affecté par des incitations promotionnelles. En supposant que la législation l’autorise, un paquet de cigarettes gratuit pour un paquet de cigarettes acheté a toutes les chances de favoriser le développement des ventes. Il va de soi que si l’attitude vis-à-vis d’un produit est préalablement bonne, un stimuli affectera le comportement de façon plus efficiente que si l’attitude est neutre, voire négative.

Edward Bernays et ses héritiers ont été en charge pendant toute la période Fordiste de la construction de l’image du capitalisme libéral. Et cela a tellement bien marché, que seule une vague poignée de vieux révolutionnaires s’y oppose encore aujourd’hui.

Pour autant, le fait qu’il existe des personnes de plus en plus surqualifiées par rapport au marché du travail et se trouvant en situation de précarité peut laisser supposer que si l’attitude vis à vis du capitalisme est favorable, le vécu, c’est à dire l’expérimentation de celui-ci, n’est pas toujours à la hauteur de l’image fabriquée.

Imaginons une matrice ayant en abscisse la valeur que nous octroyons au capitalisme libéral, c’est à dire la force de son image, bref notre attitude vis à vis du capitalisme, et en ordonnée l’expérimentation que nous avons de celui-ci.

               Matrice de la Valeur du Capitalisme

Plus nous croyons dans les vertus du capitalisme et plus notre expérience vécue de celui-ci en terme de travail, d’ascension sociale, de succès financier est bonne, plus nous nous rapprochons du bien être. En revanche, si nous avons une image favorable du système capitaliste mais que les diplômes acquis ne nous permettent pas d’envisager la situation qui nous est promise, nous tombons rapidement dans la frustration.

Et c’est précisément cette situation que nous vivons en ce début du XXI ème siècle.

Pour essayer de la corriger, le pouvoir dominant capitaliste a essayé tout d’abord de nous abreuver en affects joyeux et la publicité, à ce titre, a joué un rôle important. Face à l’échec programmé de cette stratégie, il s’est rabattu sur un programme tentant d’améliorer notre expérimentation du capitalisme libéral : baisse des charges des entreprises, baisse de l’IS, CICE, polarisation sur le bien être au travail, aménagement de l’ISF, valorisation du capital, etc.

Aujourd’hui, le nombre de personnes en souffrance est de plus en plus grand, nous le savons et nous le constatons tous les jours… Mais plus grave, la frustration augmente en permanence, en témoigne le nombre de burn out en progression constante.

Le point de bascule est proche, lorsque les mythes seront remis en cause, lorsque cette croyance en un système mortifère va s’effondrer, lorsque des millions de personnes s’apercevrons soudain que le roi est nu, que toute cette mythologie a été produite, pensée et orchestrée afin de défendre une poignée de nantis, une oligarchie exploiteuse.

On comprend immédiatement que d’ici là, il est urgent de développer une culture commune, critique, en opposition à celle du pouvoir dominant, une culture qui aurait pour objectif la désaliénation des individus, qui permettrait aux plus jeunes de penser par eux même, qui serait ancrée dans la réappropriation de notre propre conscience individuelle et collective, une culture qui nous mènerait sur le chemin de l’individuation, qui développerait et accentuerait notre angle alpha, celui qui, théorisé par Frederic Lordon, matérialise la différence entre le comportement que nous avons et celui que le psycho-pouvoir espère que nous ayons, une culture qui nous préparera à la sédition lorsque cet angle alpha atteindra la perpendicularité, bref, une véritable culture populaire politique.