Notes sur l’école – Sur la triche

par Serge Bastidas

Sur la triche en examen

La triche est souvent vue comme la défaillance intellectuelle et morale d’un élève : parce qu’il ne sait pas, il fraude. À ce titre les sanctions infligées aux tricheurs sont exemplaires : notes nulles, humiliation devant les autres élèves ; parfois, même, sanction disciplinaire1. Certains mauvais élèves ont ainsi droit aux terrifiants « avertissements de travail », analogues directs des « avertissements de comportement », dont ils sont évidemment inspirés, et dont ils héritent du caractère ouvertement répressif, typique de l’institution scolaire.

Je ne partage pas ce point de vue sur la triche. La triche est une stratégie de survie en milieu scolaire. L’élève ne peut prendre de risques et tenter une réponse s’il n’en est pas sûr, car cette tentative n’est tout simplement pas récompensée. Parfois, elle est même découragée2. Combien d’élèves ont rendu une copie3 presque blanche parce qu’ils n’étaient pas sûrs de la réponse et avaient en réalité tout bon ou presque ?

Un professeur rapporte avoir changé son système de notation des dictées de français. D’un système classique à la faute (la note est de 20 points desquels on soustrait 0,5 point par faute, avec note éliminatoire au bout de 20 fautes, par exemple) il est passé à un système où on compte les mots correctement écrits. Sur 100 mots, si l’élève fait 20 fautes, dans le premier cas la note est de 0/20. Dans le deuxième, la note est de 80/100. Le deuxième système permet, d’après cet enseignant, d’améliorer considérablement les résultats de ses élèves4. On comprend vite pourquoi : les élèves peuvent tenter l’orthographe d’un mot sans se faire taper sur les doigts, car ils sont sûrs d’avoir une bonne note.

La triche est donc cette stratégie-là : on triche pour avoir une bonne note pour pouvoir réussir à l’école, car la réussite scolaire ne se veut mesurer que par la note5. Le constat est donc plutôt simple : la triche est causée par la note. Supprimez la note, vous supprimez la triche.

Sur la triche en tant que travail de groupe

La deuxième dimension de la triche est plus philosophique que pénale. Il s’agit de son caractère de travail de groupe.

L’école favorise explicitement les comportement individualistes : elle pousse chacun à être le meilleur, quitte à laisser les autres sur le bord de la route. À l’inverse, elle dénigre le travail qui n’est pas strictement individuel : prenons un exemple avec le travail à la maison. Les DM, ou devoirs à la maison, font systématiquement l’objet d’une dépréciation, à la fois qualitative (par les commentaires des enseignants sur ce qu’ils en attendent et sur leur importance) et quantitative, par leur faible coefficient (généralement le minimum syndical : 1). Les enseignants estiment en effet que ce type de travail n’est pas révélateur des savoirs de l’élève. En effet, un élève, à la maison, est susceptible de :

  • demander de l’aide à ses ascendants (le grand-frère, la grande-sœur) ;
  • chercher des informations, le plus souvent sur Internet ;
  • travailler grâce à ses cours et les relire ;
  • prendre son temps ;
  • faire carrément le sujet à plusieurs.

Toutes ces choses ne reflètent pas, pour l’école, le savoir de l’élève. L’école rêve d’une évaluation instantanée. On voit ainsi que les devoirs suivent immédiatement les leçons, souvent à la fin du mois, sans laisser le temps aux élèves d’assimiler les savoirs. Ce qui est appris au temps T doit être su au temps T, pas au temps T+1 ; sinon l’élève « rame », est en décalage, manque des chapitres, est obligé de « faire l’impasse ».
La liste précédente permet de montrer simplement que l’école ne reconnaît pas valeur au fait de demander de l’aide, de transmettre des savoirs, de chercher des informations et de se documenter, de retravailler ses cours, de prendre du temps et de travailler en groupe. Cela nous en dit beaucoup sur les objectifs de cette école-là.

Notes

1 La confusion est très courante entre sanction et punition, mais elle n’en est pas pour autant anecdotique. La sanction est l’évaluation, positive ou négative, d’un travail. La punition est un châtiment. Confondre l’une et l’autre est intellectuellement grave, car cela ouvre la porte à des décisions pédagogiques insensées, comme les « avertissements de travail » : la punition en lieu et place de la sanction. On en vient à traiter de la même manière, du moins symboliquement, un mauvais élève et un élève mauvais (selon la distinction sémantique entre adjectifs préposés et postposés, les premiers ayant une signification plus abstraite ou poétique), c’est-à-dire un élève qui ne travaille pas bien ou qui a de mauvais résultats et un élève violent ou brutal : d’où les avertissements de travail et de comportement.
2 On pourrait noter le caractère délirant de certaines épreuves sous formes de QCM où les mauvaises réponses enlèvent des points, annulant au passage les bonnes réponses. Ou comment compenser le caractère arbitraire et injuste des QCM par un mécanisme violent et qui punit toute prise de risque.
3 Il y aurait beaucoup à dire sur ce terme de copie, qui indique la valeur que le système scolaire accorde aux travaux des élèves.
4 Voir Bernard Defrance, Le droit et l’école.
5 Et, structurellement, elle ne peut se mesurer que par la note, puisque tous autres indicateurs de réussite sont éteints ou dénigrés.

Pauvre Marx

Par Martial Bouilliol

 

La victoire d’Emmanuel Macron au second tour de l’élection présidentielle de 2017 consacre avant tout une excellente stratégie marketing mise en place par le pouvoir dominant.

Une fois de plus le capitalisme néo-libéral nous a montré son savoir faire de haute facture.

Marx avait beaucoup d’admiration pour les néo-classiques. Et il avait bien raison. Depuis Mandeville au 17ème siècle, puis avec Adam Smith, le capitalisme naissant a su bâtir des mythes et des fables qui ont constitué les fondements de son idéologie. Il a réussi à rendre crédible la Fable des Abeilles tout autant que le mythe de la main invisible. Et surtout, il a réussi à ériger cette simple croyance en système opérationnel.

Pauvre Marx, il n’avait pourtant pas tout vu.

Il n’a pas eu la « chance » de voir, par exemple, les think tank américains à l’oeuvre dans les années 20 et la naissance du formidable complot mis en scène par Edward Bernays relayé par Hoover, le 31ème président américain, en particulier lors de cette fameuse réception de 1928 où il convoqua l’ensemble de l’intelligentsia publicitaire américaine et lui tint à peu près ce langage : « Messieurs les publicitaires, notre récente expérience a prouvé que votre rôle est déterminant. Vous avez un pouvoir immense, celui de séduire les foules et de les faire penser ensemble, de façon commune… Dorénavant votre job à vous tous, publicitaires, c’est de créer le désir, de transformer les hommes en automates du bonheur, de les transformer en machines qui deviendront la clé du progrès économique. Bon travail et God bless America »

Il n’a pas non plus eu la « chance » d’assister à la révolution néo-libérale des années 80 qui a donné lieu en matière de publicité à l’incroyable idée diabolique consistant à substituer aux mécaniques du désir la mécanique de pulsion – je vous renvoie pour plus d’explications vers les théories de Bernard Stiegler à ce sujet.

Pendant ce temps, le peuple, fabriqué au consentement « chomskieste » se complaisait dans la servitude volontaire.

Le coup de grâce sera donc porté en France, en ce soir du 7 Mai 2017. Marx ne verra donc pas non plus le 3ème round de la saga capitaliste, un capitalisme certes un peu en tension, certes un peu à bout de souffle, mais toujours vivace et inventif.

Cette troisième « torsion » orchestrée par le pouvoir dominant ploutocratique ne pouvait pas mettre en scène une nouvelle révolution libérale. Deux révolutions, ça commence à être peu crédible. On a beau appeler à la rupture en permanence, faire la rupture sur la rupture sur la rupture, au bout d’un moment, le peuple peut s’apercevoir de la supercherie…

Il ne pouvait pas non plus inventer de nouvelles méthodes de manipulation plus performantes. Tout était déjà bien huilé. Le peuple se rendait déjà régulièrement au supermarché, avait l’impression de vivre en démocratie, croyait au libre-arbitre et était convaincu que le travail était émancipateur.

Il fallait donc que cette nouvelle torsion se déplace vers le terrain politique. En créant le FN d’une part et en théorisant la fin des partis d’autre part, le capitalisme a donc su trouver une porte de sortie honorable, réifiée par un pur produit pré-fabriqué, sans âme mais qui fait le boulot. Un petit pantin belle gueule qui saura, nul n’en doute, renvoyer la balle car c’est un excellent joueur de tennis de table. Et que de nombreuses garanties ont été prises.

Marx serait stupéfait de tant de machiavélisme. Une nouvelle fois, il serait admiratif des marketeux de l’ombre, du travail des think tank, de la prouesse des lobby.

Le capitalisme rebondit encore une fois. Tant que le roitelet n’est pas nu, il peut encore y croire. Mais jusqu’à quand ? Une nouvelle force grandissante gronde à ses portes. Une nouvelle génération de précaires qui a compris, en dépit de ses bac +5, qu’elle serait privée de l’accès au marché du travail. Leurs parents, issus de la petite bourgeoisie intellectuelle vont aussi, par capillarité, commencer à le comprendre. Alors il nous est permis d’espérer que le bloc historique de Gramsci se reforme. Une nouvelle alliance entre la petite bourgeoisie et les prolétaires. Une force incroyable de plus de 50 millions de français. Une France insoumise aux manipulations répétées de la doxa néo-libérale. Une France qui empruntera les pas de Michel Foucault à Zabriski Point et verra enfin la lumière sur son chemin.

Front républicain ou Front national ?

Le double-jeu de la République

par Serge Bastidas

L’affaire semble entendue et ne plus souffrir le débat : dimanche prochain, nous voterons tous pour Emmanuel Macron. Pour sauver la France, pour sauver la République, pour sauver la démocratie en danger, nous devons nous mobiliser, malgré l’aversion et l’animosité que suscitent le candidat d’En Marche ! et son programme, et leur accorder un suffrage, qui, insistons-nous, « ne sera en aucun cas un blanc-seing » pour gouverner.

Ainsi, face au « péril fasciste » que représente le Front national, tous les « acteurs » de la vie politique française (médias, politiciens et citoyens) se sont mis en marche (c’est le cas de le dire) pour expliquer aux autres (ceux qui doutent encore) ce qu’il faut faire, à l’aide d’une pédagogie bien rodée, dépoussiérant par là même un ancien théâtre de marionnettes qui porte le nom très évocateur de Front républicain.

Notez bien la majuscule au mot front, car elle est cruciale : son omission empêcherait de saisir que ce Front, qui se constitue spontanément par un mimétisme d’affects antifascistes à l’occasion de chaque arrivée du Front national au second tour d’une élection, c’est un véritable mouvement politique, reconnaissable entre tous à sa biologie éphémère (il ne dure que deux semaines) et à sa constitution contrainte (on voudrait faire autrement). En un mot, il s’agit ni plus ni moins que d’un deus ex machina qui revient chaque fois que la Ve République et ses institutions sous respirateur artificiel doivent être ranimées d’urgence.

La force idéologique du Front républicain réside précisément dans sa capacité à mobiliser les citoyens, pourtant de moins en moins enclins à avaler les couleuvres lancées quotidiennement par les experts, pour tirer d’eux un consentement d’un instant, le temps d’un vote. Mais chacun semble y trouver son compte : d’un côté, les électeurs du Front national jubilent d’affronter une énorme coalition, un Goliath qu’ils fantasment un jour de terrasser ; de l’autre, les « Républicains » sont soulagés d’avoir fait leur bonne action en sauvant la démocratie, quitte à s’être un peu salis. Voilà comment se forme une émotion doublement théâtrale, de joie démente et de lamentation hypocrite, sur chaque moitié du visage de Janus de la République sépulcrale. Ceux qui, ne trouvant pas où se placer dans ce schéma des consciences, ont le malheur d’envisager l’abstention, le vote blanc ou le vote nul, sont raillés, moqués, insultés et parfois menacés par les frontistes des deux écoles : ils ont droit à tous les respects que la République unie mais divisée réserve à ses dissidents, ceux qui ne se satisfont pas d’un choix arraché de force.

Et qui peut leur en vouloir, eux qui ont à choisir entre le pire et le pire, entre l’ultra-libéralisme et le nationalisme autoritaire ? Les programmes de monsieur Macron et de madame Le Pen s’opposent, certes. Mais s’ils sont opposés, ils sont surtout complémentaires : ils sont les deux versants d’une même pièce, mais les deux faces n’en sont pas moins hideuses l’une que l’autre. Seulement, l’une a le bonheur d’être plus invisible, plus masquée, moins ouvertement outrancière. Car la destruction progressive du code du travail que nous promet Emmanuel Macron (et qu’il a déjà bien amorcée) et donc la précarisation grandissante des travailleurs, qui en retour alimente l’extrême-droite, ne se voit pas à court terme, mais seulement dans la durée, lorsque tous les effets législatifs de modification des règles du jeu salarial sont entrées dans les stratégies d’entreprises. Aussi, l’une n’est pas pire que l’autre à cause de son racisme ou de sa xénophobie. Mais ceux qui la mort dans l’âme iront soutenir le candidat de l’extrême-finance essaient de nous convaincre de faire pareil par un calcul arithmétique qui veut que le racisme est à peu près pire que tout ; or cette opération est simpliste et grotesque. Ce serait comme nous dire : « si vous vous jetez du 20e étage, vous souffrirez moins que si vous sautez du 30e. » Que la mort soit assurée dans tous les cas n’entre visiblement pas en ligne de compte dans l’équation.

De fait, toutes les exhortations au « courage » et au « dépassement des états d’âme » « nécessaires » pour « faire le choix qui s’impose », au-delà de leur similarité lexicale troublante avec les schèmes les plus typiques de la pensée ultra-libérale (« There is no alternative »), résonnent comme les ressorts d’une terrible manipulation et d’un chantage inconcevables dans un régime qui se prétend démocratique. Elles sont d’autant moins légitimes qu’elles sont hors de propos. Le courage ne réside pas dans l’obéissance aveugle à la bienséance anti-raciste qu’on brandit à tour de bras dès qu’on se confronte au Front national1. Lorsque l’action est mauvaise, le courage réside dans l’inaction ; lorsque le vote est indésirable parce qu’impossible, lorsque le choix est un non-choix, la détermination et la force de caractère se lisent dans les bulletins silencieux, car, dans une situation aussi critique que la nôtre, de tels silences sont les plus éloquents discours.

1 La bienséance antiraciste est une idéologie délirante qui trouve normal de s’unir contre le Front national au second tour à cause de son caractère anti-républicain, mais qui autorise tout de même ce parti à exister à se présenter au nom du droit à la constitution de parti politique garantie par… la République.

Un revenu universel, des visions plurielles

Un revenu universel, des visions plurielles

 

Depuis que le philosophe Thomas Paine, s’est exclamé en 1792 du haut de la tribune de l’Assemblée nationale : « sans revenu, point de citoyen », l’idée d’un revenu citoyen n’a cessé de faire son chemin. Jusque-là cantonnées à la sphère intellectuelle, les propositions de Benoît Hamon et de Yannick Jadot, lors de la présidentielle 2017, ont porté le débat auprès du grand public.

Ce nouvel engouement, qui s’est diffusé notamment via Internet, a remis sur le devant de la scène l’ensemble des propositions émises par de nombreux philosophes, économistes, journalistes, sociologues. Mais les différences de nature entre les propositions, et les visions qu’elles soutiennent, sont substantielles.

Les libéraux voient dans le revenu d’existence une roue de secours du capitalisme. Les perspectives montrent peu ou prou que les effets de la « robolution » et de la progression de l’intelligence artificielle vont engendrer dans les dix prochaines années la disparition d’environ 45 % des emplois (source : rapport du MIT). Le nombre de personnes évoluant en dessous du seuil de pauvreté devrait alors rapidement dépasser les 20 %. Et les conséquences pour l’économie seront catastrophiques, car une partie des classes moyennes, autrefois en mesure de maintenir le système à flot, sera précarisée.

Les libéraux souhaitent donc un plan Marshall de la consommation. En octroyant un revenu universel, la prolongation du système capitaliste serait assurée, pour quelques années encore.

Selon eux, le dispositif réduirait les tensions entre travailleurs et entreprises, facilitant les reconversions, l’accès à la formation, libérant la créativité et les partages d’expérience, réduisant les temps d’activité et fluidifiant globalement le marché du travail. Les coûts de santé publique diminueraient mécaniquement : moins d’arrêts maladie, moins de pathologies liées au stress et au surmenage, moins de souffrance au travail, etc.
L’opportunité de réduire la protection sociale et l’ingérence de l’État est la deuxième raison qui pousse les libéraux à soutenir le revenu universel.

Beaucoup de propositions financent le RU par intégration des prestations sociales non contributives (RSA, allocations familiales) et certaines vont jusqu’à intégrer des prestations sociales contributives (chômage et retraites). D’autres, plus malines, proposent par exemple d’augmenter des cotisations sociales qui n’auraient pas d’équivalent patronal (augmentation de la CSG chez de Basquiat- Revenu Liber).

Selon le philosophe Bernard Stiegler, la mise en place du revenu universel dans sa version libérale (situé entre 500 € et 800 €), pourrait s’avérer dangereuse, s’il devient « un blanc-seing pour transformer la société vers encore plus de dérégulation, donc d’incurie et de prolétarisation ».

Il deviendrait un RSA pour tous, sans grand espoir de gagner plus, et donnerait l’opportunité à certaines entreprises d’accroître leurs bénéfices, laissant un marché du travail-emploi soumis aux pressions sur les salaires et sans espoir d’émancipation pour les travailleurs.

À l’opposé, le revenu universel représente un outil d’émancipation et de lutte contre les discriminations pour de nombreux autres intellectuels, avec l’ambition de permettre aux bénéficiaires de vivre librement et dignement. Le revenu universel rendrait possible le double objectif de libérer le peuple du travail-emploi et de lutter contre la pauvreté, avec un véritable revenu d’existence et non un simple revenu de subsistance. Cette vision progressiste ouvre de nouvelles perspectives et des paradigmes sociétaux inédits. Certains vont jusqu’à proposer une socialisation globale de l’économie (Bernard Friot – Le salaire à vie).

Leur projection sur notre infographie montre le potentiel de modification systémique que ces propositions pourraient apporter. Alors que les propositions des libéraux ne remettent pas en cause les équilibres fondamentaux du système actuel, les propositions du quart nord-est de l’infographie font apparaître des modèles potentiellement innovants. Bernard Stiegler propose, au-delà du revenu de base, un revenu contributif basé sur le modèle des intermittents du spectacle. Le principe est testé en ce moment à Plaine Commune.

Yann Moulier-Boutang se singularise, quant à lui, par le mode de financement de son RU, qui consiste à appliquer une taxe sur les flux de capitaux. D’un montant de 2 %, cette taxe pourrait financer un revenu de base de 1200€ pour l’ensemble des Français, sans toucher aux autres équilibres. Yoland Bresson propose de son côté que la création monétaire bénéficie directement aux individus. Enfin, Bernard Friot, avec son salaire à vie, se distingue par son ambition d’élargir le modèle de la Sécurité sociale aux salaires, via des cotisations alimentant des caisses de répartition. La plupart de ces modèles fixent un niveau de revenu universel au niveau du Smic actuel et au-delà, permettant d’assurer à l’ensemble de la population un revenu d’existence suffisant pour permettre leur émancipation par rapport au travail contraint.

Pour autant, ces modèles ne sont pas tous aboutis, laissant place à la détermination de certains seuils ou de certaines mécaniques par la concertation démocratique. Ces réflexions appellent des réponses à des questions fondamentales sur la notion de travail comme sur celle de la valeur.

Quel est le processus de construction de la valeur ?

Le travail libre est-il productif ?

Quelle est la nature d’une contribution ?

Des problématiques fondamentales qui appellent à l’avenir un débat conceptuel passionnant.

 

Serge Bastidas, Gwendal Uguen, Aurélien Vernet, Martial Bouilliol

L’erreur des macronistes

Les macronistes ont été indignés par les prises de paroles de JLM, ou plutôt par l’absence de prise de parole, puisque celui ci, conformément à son aspiration démocrate, a souhaité laisser ses électeurs choisir leur point de vue à leur guise.

Certes, la réaction de nombreux « Insoumis » a consisté en un premier temps à hurler  » Jamais je n’irai voter Macron ». Il s’agissait bien entendu d’un rejet logique, on ne peut pas demander à quelqu’un qui aspire à l’égalité sociale, qui souhaite la paix dans le monde, la concorde et la sauvegarde de la planète, de souscrire à un programme ultra-libéral, porteur de destruction écologique et de renforcement des inégalités au profit des riches et en maintenant la plus grande partie du peuple dans la précarité. Le chantage au vote, du fait de la présence du FN, conséquence des politiques libérales depuis la révolution tatchérienne, le chantage au vote est devenu une habitude et le peuple de gauche n’en peut plus.

Toutefois, il était tout aussi logique qu’après réflexion, la raison l’emporterait. Ou plutôt la nécessité absolue de faire barrage à l’ignoble.

Une des caractéristiques de la gauche est de s’entre-déchirer. Nous sommes capables d’oublier le vrai danger et de retourner notre ressentit contre les personnes qui participent à la même lutte que nous mais présentent des divergences. Une fois les choses calmées nous retrouvons en général l’esprit de la convergence. Mais dans l’intervalle, la tempête est parfois rude.

La première erreur des macronistes est de ne pas avoir donné le temps à la tempête de se calmer toute seule traduisant leur inculture sociologique.

La deuxième erreur a été la stigmatisation organisée. Les macronistes n’ont cessé d’utiliser l’insulte, manier le mépris, accabler JLM, tout le contraire de ce qu’il fallait faire. L’attitude méprisante de certains militants l’aura été jusqu’au bout, renforçant la méfiance du macronisme au sein du peuple de la gauche radicale, ce qui est un comble car le parti contre lequel il fallait s’opposer était bien évidemment le FN.

Enfin, le choix de l’argument n’était pas le bon. Aller accuser les « insoumis » de complicité avec le racisme est pour le moins une incroyable sottise et au pire la plus terrible des insultes quand on connait leur implication dans les luttes de toutes sortes contre le fascisme.

Les macronistes ont perdu leur lucidité, et ils porteront donc une lourde responsabilité dans le poids des abstentionnistes et du vote blanc.

Alors je me suis demandé pourquoi leur attitude avait été aussi peu stratégique et finalement contre-productive. En fait, ce qui a cristallisé leur attitude, c’est leur haine de Mélenchon et de la gauche radicale. Leur haine du communisme. Elle est viscérale, fondamentale. Leur rejet et leur dégout de tout système alternatif qui convoquerait un partage ou une meilleure répartition des richesses. Leur attachement sans limite à la propriété privée et à l’accumulation infinie du capital.

A partir de là, selon eux, les « Insoumis » ne pouvaient qu’incarner des êtres d’incompréhension. Ils étaient forcément dans l’erreur, dans le faux. Ils devenaient des ennemis.

La volonté de maintenir un système de domination basé sur la richesse matérielle va une fois de plus marquer cette élection, qu’elle entérine la victoire du libéralisme ou celle du fascisme. Mais il ne faudra jamais oublier une chose. La France libérale méprise tout autant le vote FN que l’insoumission de l’Avenir en Commun. Cette France libérale considère de la même façon les électeurs FN que les électeurs de la gauche radicale. Il s’agit pour eux dans les deux cas que de la vulgate populiste…

 

Martial Bouilliol