Brèves #1 – Nul n’est censé ignorer la loi

Le code civil.

Je m’appuie ici sur une explication donnée par Bernard Defrance dans son livre Le droit dans l’école.

Nous connaissons tous ce proverbe dont nous pensons bien souvent qu’il signifie que le citoyen est censé connaître toutes les lois en vigueur ; et comme nous constatons que c’est un principe impossible à mettre en œuvre, nous décrions l’hypocrisie dont font preuves les instances juridiques et administratifs qui se serviraient du droit pour nous piéger.

Mais il s’agit en réalité d’une confusion entre la loi et les lois, entre l’abstraction juridique (ou le principe) et les textes de loi eux-mêmes. Ce proverbe signifie que chacun, lorsqu’il entreprend une action juridique ou ayant des conséquences légales dans un domaine particulier, se doit de savoir qu’il existe des lois (pas de vide juridique) et de se renseigner pour connaître les normes en vigueur, et enfin qu’il ne peut pas ensuite invoquer son ignorance des textes pour se défendre. Si j’achète une voiture, je dois savoir quelles sont les règles en vigueur sur l’achat et la vente de véhicules motorisés. Si je deviens enseignant, je dois connaître les règles déontologiques du fonctionnaire et le règlement intérieur de l’établissement, etc.

Cette connaissance suppose aussi que les textes de lois soient accessibles, ce qui est une obligation de publicité législative qu’assure l’État, notamment à travers le Journal officiel ou des sites comme Légifrance ou service-public.fr.

LIDL DES JEUNES

Martial Bouilliol a travaillé pendant 20 ans dans l’univers de la grande distribution avant de se consacrer à l’Education Populaire. Il revient aujourd’hui sur la réponse de Lidl aux critiques formulées dans l’émission d’Elise Lucet, Cash Investigation qui a été diffusée mardi sur France 2 et qui révèle des pratiques de management abusives au sein de l’enseigne.

Cela fait quelques jours que l’émission a été diffusée et je dois dire ma surprise face aux nombreuses réactions d’indignation. J’ai le sentiment étrange de voir un nombre de personnes de plus en plus important, et qui plus est, de nombreux salariés de la distribution, s’indigner des pratiques de Lidl, un peu comme s’ils n’en avaient jamais eu conscience. Pourtant, cela fait plus de 50 ans que le système fonctionne ainsi, dans un asservissement général des employés au profit d’une minorité détentrice du capital. Ça s’appelle d’ailleurs le capitalisme. Et cette idéologie fonctionne ainsi. Dans sa logique prédatrice.

Ces pratiques en sont consubstantielles et je m’étonne qu’une simple émission de télévision, fut-elle de grande qualité, agisse à ce point comme un révélateur, jusqu’à susciter des grèves dans certains magasins LIDL.
Je faisais part à mon entourage de mon étonnement lorsque quelqu’un m’a suggéré une explication : «  Tu sais, c’est juste que chacun souffrait seul dans son coin sans savoir que l’employé d’à côté éprouvait le même sentiment. Du coup l’émission d’E.Lucet agit non pas comme un révélateur des pratiques mais comme un déclencheur d’empathie et de solidarité. Les salariés se disent soudainement : je ne suis pas seul, ce n’est pas moi le problème bien que l’on ait essayé de me convaincre du contraire, en fait je suis victime d’une injustice et nous sommes nombreux à l’être ».

Du coup j’ai compris comment une simple émission de télé pouvait amener un changement de regard et je me dis que parfois que, bien plus que de longs discours, se sont de simples petites étincelles qui peuvent amener le feu de la sédition.

En revanche, ce qui m’a beaucoup moins surpris, c’est la réponse promise de Lidl, gorgée de propos lénifiants et attendus, propres d’une démarche technique dénuée de toute humanité. Je me permets aujourd’hui de la commenter point par point.

  • Concernant les extraits de l’enregistrement :

Ce que dit LIDL : « nous les condamnons sans aucune ambiguïté. Au travers une récente enquête auprès de nos salariés, nous constatons que la perception du management au sein de notre entreprise s’améliore ».

Ce qu’il faut comprendre : C’est une rhétorique de défense classique et professionnelle : 1) L’accusé reconnait l’erreur ; 2) L’accusé promet une amélioration.

Ce processus de défense est en général toujours le même : la contre-attaque consiste toujours à reconnaître les excès d’un système, promettre une régulation de ce système mais sans JAMAIS REMETTRE EN CAUSE LE SYSTEME LUI-MÊME. A l’échelle de Lidl, le pari consiste à espérer que tout sera oublié dans quelques semaines (ils ont probablement raison) et que leurs exactions pourront rapidement reprendre.

 

  • Concernant le système de commande vocale :

Ce que dit LIDL : « Nous y avons apporté des améliorations en prenant en compte les remarques de nos collaborateurs. Nous utilisons cet outil pour améliorer la qualité de la préparation. En revanche, nous n’avons pas constaté d’amélioration de la productivité. »

Ce qu’il faut comprendre : Il ne faut pas manquer de culot pour prétendre que l’automatisation n’apporte pas de gain de productivité. Nous savons aujourd’hui que la robolution permet de dégager des profits bien supérieurs. D’ailleurs il y a fort à parier que la plupart des emplois des plate-formes logistiques disparaitront dans les 10 ans (Rapport du Sénat, Rapport Gartner, rapport du MIT, rapport d’Oxford, rapport de Davos, etc…). Le procédé, là encore, est classique et utilise le principe de la désinformation la plus totale, avec la croyance (parfois fondée) que plus c’est gros, plus ça passe.

 

  • Concernant le poids des colis :

Ce que dit LIDL : « nous continuerons à redoubler d’efforts pour améliorer le travail de nos préparateurs grâce à nos investissements au niveau matériels et équipements, la formation liée aux gestes et postures et nous travaillons à la baisse progressive du poids des colis»

Ce qu’il faut comprendre : Cette réponse est une réponse technique à un problème humain. Donc une mauvaise réponse, une réponse hors sujet. La technocratie s’est mis en branle. De mauvais conseil en RH sont intervenu, révélant au passage la vraie nature des Ressources Humaines : déshumanisée, positiviste….

Il est question de souffrance au travail, de considération, de repos, de récupération. Pas un mot là dessus bien évidemment, aucune évocation de la pénibilité pour éviter que la problématique du salaire ne soit abordée, une réponse qui parle de matériel, de formations… Bref, une réponse totalement autocentrée dans laquelle l’humain n’a pas sa place.

 

Pour terminer, ce qui est probablement le plus extraordinaire dans toute cette affaire, c’est que l’on finit par voir des salariées de Lidl défendant leurs patrons sur les réseaux sociaux, sans avoir la moindre conscience de leur propre exploitation. C’est une magnifique illustration de ce qu’est la SERVITUDE VOLONTAIRE. La Boétie l’a théorisée, Chomsky l’a développée, Lordon continue de l’illustrer mais rien n’y fait. L’aveuglement de certains employés par rapport à leur propre aliénation est total, au point de soutenir leurs bourreaux. Ils sont dans l’illusion d’un bonheur simulé et irréel… Incontestablement les meilleurs avocats de LIDL.

Petit glissement sémantique anodin en apparence

Comment manipuler les mots pour modifier l’image d’une pratique destructrice en une pratique constructive : l’exemple de la communication…

Au début, elle s’appelait « Propagande »… mais la propagande, c’était sale, trop guerrier…

On a donc décidé de l’appeler « Réclame »….Mais la réclame, ça faisait un peu comme si on réclamait directement aux clients leur argent… Trop visible, trop gênant.

Alors, on l’a appelée « Publicité ». Mais la publicité c’était trop « top down », trop voyant, trop péremptoire, donc attaquable.

Enfin, on a finit par l’appeler « Communication ». Ainsi, personne ne pouvait plus la critiquer, car il est évident que l’on a tous besoin de communiquer.

Ni vu, ni connu.

Le dépassement des partis ou le risque de la disparition des idéologies

Dépasser les partis ? Pour quoi faire ?

L’élection de Macron signe aujourd’hui la victoire d’une vision qui voudrait que les partis politiques soient la cause des défaillances observées dans notre démocratie actuelle.

Cela renvoi d’ailleurs à une vision ancienne ayant conduit à la mise en place de la 5ème République, puisque le général De Gaulle lui-même justifiait ainsi la mise en place du suffrage universel pour l’élection du président. Il faut selon-lui, que le chef de l’État soit au dessus de la mêlée afin qu’il dirige son gouvernement dans l’intérêt de tous, et non dans l’intérêt d’une fraction de la population :

Cette vision comporte évidemment des failles. En effet, dans la constitution, il est clairement exposé que  :

« Les partis et groupements politiques concourent à l’expression du suffrage. Ils se forment et exercent leur activité librement. Ils doivent respecter les principes de la souveraineté nationale et de la démocratie.

Ils contribuent à la mise en œuvre du principe énoncé au second alinéa de l’article 1er dans les conditions déterminées par la loi. (« La loi favorise l’égal accès des femmes et des hommes aux mandats électoraux et fonctions électives, ainsi qu’aux responsabilités professionnelles et sociales. »)

La loi garantit les expressions pluralistes des opinions et la participation équitable des partis et groupements politiques à la vie démocratique de la Nation. »

En réalité, le rôle des partis n’est pas de diviser les citoyens entre eux en fonction de leurs inclinations, mais bien de les rassembler politiquement en fonction de grandes idéologies afin que l’on puisse arbitrer entre les différentes visions politiques présentent dans la société.

Les idéologies permettent a chaque individu d’adopter une analyse du monde, une explication de la réalité sociale et économique. Vouloir abandonner ou dépasser les partis qui portent ces idéologies, ce serait admettre que toutes les idéologies se trompent et qu’il serait possible de prendre les bonnes décisions sans aucun a priori d’aucune sorte.

Technocratie / Idéologie :

Et si la macronisation des esprits nous conduisait à une dictature technocratique ?

L’aboutissement d’une telle réflexion, et sa victoire électorale récente, nous livre en réalité à la technocratie, à savoir une forme de gouvernement des « sachants », bien formés, bien placés dans la hiérarchie institutionnelle et qui peuvent donner l’illusion que lorsque l’on possède les données d’un problème, la solution s’impose d’elle même, un peu comme l’arithmétique.

Cette pseudo idéologie technocratique pourraient fonctionner si notre société n’était que pure mécanique, et encore, pour un ingénieur il existe souvent de multiples solutions pour résoudre un même problème, et il est souvent obligé d’en tester plusieurs avant de choisir celle qui semble la plus efficiente.

Notre société est bien plus complexe qu’une simple machinerie mécanique, elle est traversée par des dynamiques sociales, des transformations, des évolutions qui dépassent les capacités d’adaptation de nos institutions. Pourtant, nous écrivons aujourd’hui la loi, plus où moins de la même manière qu’il y a 2 siècles. C’est plutôt de ce constat qu’il faudrait tirer des solutions à l’inefficacité actuelle de notre système, et associer les citoyens à l’élaboration des lois et des règlements, afin qu’ils s’en réapproprie la complexité, les équilibres à trouver, et contribuer enfin à mettre en sourdine la vague populiste qui tire si facilement son épingle du jeu dans le climat actuel.

L’intérêt des idéologies et des partis face à une technocratie froide, c’est qu’ils poursuivent un idéal, ce dernier est normalement fondé sur les valeurs commune de la société, schématiquement pour le cas de la France, ces valeurs sont bien représentées par notre devise : « Liberté, Égalité, Fraternité ». Ils diffèrent ensuite sur les moyens d’atteindre cet idéal, et sur les causes qui empêchent de l’atteindre.

La technocratie en revanche ne possède aucun idéal, si ce n’est celui de la gestion de l’État, elle ne possède aucun objectif, ni aucun préjugé concernant les causes et les solutions. la technocratie ne choisie aucun cap, si ce n’est celui du sens du vent. Sa vision du monde est uniquement comptable, mesurable. Finalement, elle ne recherche aucune transformation de la société, mais uniquement son maintien dans un état de fonctionnement viable.

La réalité rattrapera cependant cette technocratie, puisque la classe dirigeante n’est pas neutre politiquement, elle est, elle-même, bercée d’idéologies. Cette élite est également souvent le produit des mêmes milieux sociaux, des mêmes écoles, des mêmes parcours professionnels. Ce fait élitiste actuel ne disparaîtra pas avec l’abandon des idéologies, au contraire, il le renforcera en fermant le faible accès existant de la nouveauté à travers les idéologies et les partis. L’appareil d’État sera donc livré à une forme d’idéologie dominante que personne n’aura pu choisir, mais qui s’imposera d’elle-même sans qu’il soit possible de l’infléchir. Elle s’auto-justifiera en expliquant que chaque décision est la meilleure possible.

Pour finir, je vous invite à regarder le très bon documentaire :

« Ces conseillers qui nous gouvernent« 

Il montre avec brio les stratégies technocratiques, et la difficulté de gouverner une administration, même lorsque l’on possède une idéologie forte et une bonne connaissance des rouages.

Pour celles et ceux qui souhaitent poursuivre la discussion, vous pouvez bien entendu le faire en commentaire. Sachez toutefois qu’une discussion riche est déjà engagée sur Facebook et que vous pouvez la rejoindre :

La discussion Facebook

Consentement, publicité, et faille dans le système capitaliste

Par Martial Bouilliol

Une propagande efficace est indispensable à la pérennité de tout système politique. Qu’ils soient d’obédience communiste, monarchiste ou capitaliste, la réussite des régimes passe par un contrôle rigoureux de la pensée de la multitude. Huxley (« Le meilleur des mondes ») et Chomsky (« La fabrication du consentement ») nous ont consciencieusement détaillé les modalités de mise en oeuvre de ce contrôle.

L’enjeu réside dans la capacité du système à fabriquer des mythes. Ce sont les mythes qui recèlent le pouvoir de modéliser les consciences, d’imprégner les psychismes et de loger les représentations sociales idoines dans l’inconscient collectif.

Le capitalisme a su construire les siens. La Fable des abeilles de Bernard Mandeville ou la main invisible d’Adam Smith en sont des illustres exemples. Des fables et des contes destinés à bâtir des croyances. Mais les Dieux de cette réalité révélée ont également leur messie. Il fallait, quelque part, que cette mission soit incarnée, il fallait une réification afin de mettre en œuvre l’entretien des feux de la croyance et les énergies de la foi. Edward Bernays, missionné par le gouvernement américain afin de manipuler les foules, fut l’un des principaux artisans de cette vaste polémologie noétique. Il créa la publicité. Elle allait à la fois devenir la pompe à fric de l’économie capitaliste, la garantie du contrôle des media et le moyen de capter l’attention de la population à des fins d’asservissement.

Le propre de la publicité est de modeler l’attitude des individus. Il est important à ce stade d’opérer une distinction entre les concepts « d’attitude » et de « comportement ».

L’attitude, c’est la posture que vous adoptez envers un objet, une marque, une institution… C’est l’image que vous vous en faites, ce que vous en pensez. L’aimez-vous ? Pensez-vous que c’est une bonne marque pour vous ? Représente-t-elle quelque chose pour vous ? Fumer des Marlboro, par exemple, vous rend plus fort. L’attitude que vous avez dans ce cas vis-à-vis de la marque Marlboro est positive car l’imaginaire qu’elle renvoie (le cowboy solitaire dans les plaines du Farwest) vous donne de l’assurance et de la confiance en vous.

Le comportement, en revanche, c’est ce que vous allez faire concrètement vis-à-vis de la marque, c’est la manière dont vous allez interagir avec elle. La manière de vous comporter générera un achat, ou pas. Le comportement pourra, par exemple, être affecté par des incitations promotionnelles. En supposant que la législation l’autorise, un paquet de cigarettes gratuit pour un paquet de cigarettes acheté a toutes les chances de favoriser le développement des ventes. Il va de soi que si l’attitude vis-à-vis d’un produit est préalablement bonne, un stimuli affectera le comportement de façon plus efficiente que si l’attitude est neutre, voire négative.

Edward Bernays et ses héritiers ont été en charge pendant toute la période Fordiste de la construction de l’image du capitalisme libéral. Et cela a tellement bien marché, que seule une vague poignée de vieux révolutionnaires s’y oppose encore aujourd’hui.

Pour autant, le fait qu’il existe des personnes de plus en plus surqualifiées par rapport au marché du travail et se trouvant en situation de précarité peut laisser supposer que si l’attitude vis à vis du capitalisme est favorable, le vécu, c’est à dire l’expérimentation de celui-ci, n’est pas toujours à la hauteur de l’image fabriquée.

Imaginons une matrice ayant en abscisse la valeur que nous octroyons au capitalisme libéral, c’est à dire la force de son image, bref notre attitude vis à vis du capitalisme, et en ordonnée l’expérimentation que nous avons de celui-ci.

               Matrice de la Valeur du Capitalisme

Plus nous croyons dans les vertus du capitalisme et plus notre expérience vécue de celui-ci en terme de travail, d’ascension sociale, de succès financier est bonne, plus nous nous rapprochons du bien être. En revanche, si nous avons une image favorable du système capitaliste mais que les diplômes acquis ne nous permettent pas d’envisager la situation qui nous est promise, nous tombons rapidement dans la frustration.

Et c’est précisément cette situation que nous vivons en ce début du XXI ème siècle.

Pour essayer de la corriger, le pouvoir dominant capitaliste a essayé tout d’abord de nous abreuver en affects joyeux et la publicité, à ce titre, a joué un rôle important. Face à l’échec programmé de cette stratégie, il s’est rabattu sur un programme tentant d’améliorer notre expérimentation du capitalisme libéral : baisse des charges des entreprises, baisse de l’IS, CICE, polarisation sur le bien être au travail, aménagement de l’ISF, valorisation du capital, etc.

Aujourd’hui, le nombre de personnes en souffrance est de plus en plus grand, nous le savons et nous le constatons tous les jours… Mais plus grave, la frustration augmente en permanence, en témoigne le nombre de burn out en progression constante.

Le point de bascule est proche, lorsque les mythes seront remis en cause, lorsque cette croyance en un système mortifère va s’effondrer, lorsque des millions de personnes s’apercevrons soudain que le roi est nu, que toute cette mythologie a été produite, pensée et orchestrée afin de défendre une poignée de nantis, une oligarchie exploiteuse.

On comprend immédiatement que d’ici là, il est urgent de développer une culture commune, critique, en opposition à celle du pouvoir dominant, une culture qui aurait pour objectif la désaliénation des individus, qui permettrait aux plus jeunes de penser par eux même, qui serait ancrée dans la réappropriation de notre propre conscience individuelle et collective, une culture qui nous mènerait sur le chemin de l’individuation, qui développerait et accentuerait notre angle alpha, celui qui, théorisé par Frederic Lordon, matérialise la différence entre le comportement que nous avons et celui que le psycho-pouvoir espère que nous ayons, une culture qui nous préparera à la sédition lorsque cet angle alpha atteindra la perpendicularité, bref, une véritable culture populaire politique.

Notes sur l’école – Sur la triche

par Serge Bastidas

Sur la triche en examen

La triche est souvent vue comme la défaillance intellectuelle et morale d’un élève : parce qu’il ne sait pas, il fraude. À ce titre les sanctions infligées aux tricheurs sont exemplaires : notes nulles, humiliation devant les autres élèves ; parfois, même, sanction disciplinaire1. Certains mauvais élèves ont ainsi droit aux terrifiants « avertissements de travail », analogues directs des « avertissements de comportement », dont ils sont évidemment inspirés, et dont ils héritent du caractère ouvertement répressif, typique de l’institution scolaire.

Je ne partage pas ce point de vue sur la triche. La triche est une stratégie de survie en milieu scolaire. L’élève ne peut prendre de risques et tenter une réponse s’il n’en est pas sûr, car cette tentative n’est tout simplement pas récompensée. Parfois, elle est même découragée2. Combien d’élèves ont rendu une copie3 presque blanche parce qu’ils n’étaient pas sûrs de la réponse et avaient en réalité tout bon ou presque ?

Un professeur rapporte avoir changé son système de notation des dictées de français. D’un système classique à la faute (la note est de 20 points desquels on soustrait 0,5 point par faute, avec note éliminatoire au bout de 20 fautes, par exemple) il est passé à un système où on compte les mots correctement écrits. Sur 100 mots, si l’élève fait 20 fautes, dans le premier cas la note est de 0/20. Dans le deuxième, la note est de 80/100. Le deuxième système permet, d’après cet enseignant, d’améliorer considérablement les résultats de ses élèves4. On comprend vite pourquoi : les élèves peuvent tenter l’orthographe d’un mot sans se faire taper sur les doigts, car ils sont sûrs d’avoir une bonne note.

La triche est donc cette stratégie-là : on triche pour avoir une bonne note pour pouvoir réussir à l’école, car la réussite scolaire ne se veut mesurer que par la note5. Le constat est donc plutôt simple : la triche est causée par la note. Supprimez la note, vous supprimez la triche.

Sur la triche en tant que travail de groupe

La deuxième dimension de la triche est plus philosophique que pénale. Il s’agit de son caractère de travail de groupe.

L’école favorise explicitement les comportement individualistes : elle pousse chacun à être le meilleur, quitte à laisser les autres sur le bord de la route. À l’inverse, elle dénigre le travail qui n’est pas strictement individuel : prenons un exemple avec le travail à la maison. Les DM, ou devoirs à la maison, font systématiquement l’objet d’une dépréciation, à la fois qualitative (par les commentaires des enseignants sur ce qu’ils en attendent et sur leur importance) et quantitative, par leur faible coefficient (généralement le minimum syndical : 1). Les enseignants estiment en effet que ce type de travail n’est pas révélateur des savoirs de l’élève. En effet, un élève, à la maison, est susceptible de :

  • demander de l’aide à ses ascendants (le grand-frère, la grande-sœur) ;
  • chercher des informations, le plus souvent sur Internet ;
  • travailler grâce à ses cours et les relire ;
  • prendre son temps ;
  • faire carrément le sujet à plusieurs.

Toutes ces choses ne reflètent pas, pour l’école, le savoir de l’élève. L’école rêve d’une évaluation instantanée. On voit ainsi que les devoirs suivent immédiatement les leçons, souvent à la fin du mois, sans laisser le temps aux élèves d’assimiler les savoirs. Ce qui est appris au temps T doit être su au temps T, pas au temps T+1 ; sinon l’élève « rame », est en décalage, manque des chapitres, est obligé de « faire l’impasse ».
La liste précédente permet de montrer simplement que l’école ne reconnaît pas valeur au fait de demander de l’aide, de transmettre des savoirs, de chercher des informations et de se documenter, de retravailler ses cours, de prendre du temps et de travailler en groupe. Cela nous en dit beaucoup sur les objectifs de cette école-là.

Notes

1 La confusion est très courante entre sanction et punition, mais elle n’en est pas pour autant anecdotique. La sanction est l’évaluation, positive ou négative, d’un travail. La punition est un châtiment. Confondre l’une et l’autre est intellectuellement grave, car cela ouvre la porte à des décisions pédagogiques insensées, comme les « avertissements de travail » : la punition en lieu et place de la sanction. On en vient à traiter de la même manière, du moins symboliquement, un mauvais élève et un élève mauvais (selon la distinction sémantique entre adjectifs préposés et postposés, les premiers ayant une signification plus abstraite ou poétique), c’est-à-dire un élève qui ne travaille pas bien ou qui a de mauvais résultats et un élève violent ou brutal : d’où les avertissements de travail et de comportement.
2 On pourrait noter le caractère délirant de certaines épreuves sous formes de QCM où les mauvaises réponses enlèvent des points, annulant au passage les bonnes réponses. Ou comment compenser le caractère arbitraire et injuste des QCM par un mécanisme violent et qui punit toute prise de risque.
3 Il y aurait beaucoup à dire sur ce terme de copie, qui indique la valeur que le système scolaire accorde aux travaux des élèves.
4 Voir Bernard Defrance, Le droit et l’école.
5 Et, structurellement, elle ne peut se mesurer que par la note, puisque tous autres indicateurs de réussite sont éteints ou dénigrés.

Pauvre Marx

Par Martial Bouilliol

 

La victoire d’Emmanuel Macron au second tour de l’élection présidentielle de 2017 consacre avant tout une excellente stratégie marketing mise en place par le pouvoir dominant.

Une fois de plus le capitalisme néo-libéral nous a montré son savoir faire de haute facture.

Marx avait beaucoup d’admiration pour les néo-classiques. Et il avait bien raison. Depuis Mandeville au 17ème siècle, puis avec Adam Smith, le capitalisme naissant a su bâtir des mythes et des fables qui ont constitué les fondements de son idéologie. Il a réussi à rendre crédible la Fable des Abeilles tout autant que le mythe de la main invisible. Et surtout, il a réussi à ériger cette simple croyance en système opérationnel.

Pauvre Marx, il n’avait pourtant pas tout vu.

Il n’a pas eu la « chance » de voir, par exemple, les think tank américains à l’oeuvre dans les années 20 et la naissance du formidable complot mis en scène par Edward Bernays relayé par Hoover, le 31ème président américain, en particulier lors de cette fameuse réception de 1928 où il convoqua l’ensemble de l’intelligentsia publicitaire américaine et lui tint à peu près ce langage : « Messieurs les publicitaires, notre récente expérience a prouvé que votre rôle est déterminant. Vous avez un pouvoir immense, celui de séduire les foules et de les faire penser ensemble, de façon commune… Dorénavant votre job à vous tous, publicitaires, c’est de créer le désir, de transformer les hommes en automates du bonheur, de les transformer en machines qui deviendront la clé du progrès économique. Bon travail et God bless America »

Il n’a pas non plus eu la « chance » d’assister à la révolution néo-libérale des années 80 qui a donné lieu en matière de publicité à l’incroyable idée diabolique consistant à substituer aux mécaniques du désir la mécanique de pulsion – je vous renvoie pour plus d’explications vers les théories de Bernard Stiegler à ce sujet.

Pendant ce temps, le peuple, fabriqué au consentement « chomskieste » se complaisait dans la servitude volontaire.

Le coup de grâce sera donc porté en France, en ce soir du 7 Mai 2017. Marx ne verra donc pas non plus le 3ème round de la saga capitaliste, un capitalisme certes un peu en tension, certes un peu à bout de souffle, mais toujours vivace et inventif.

Cette troisième « torsion » orchestrée par le pouvoir dominant ploutocratique ne pouvait pas mettre en scène une nouvelle révolution libérale. Deux révolutions, ça commence à être peu crédible. On a beau appeler à la rupture en permanence, faire la rupture sur la rupture sur la rupture, au bout d’un moment, le peuple peut s’apercevoir de la supercherie…

Il ne pouvait pas non plus inventer de nouvelles méthodes de manipulation plus performantes. Tout était déjà bien huilé. Le peuple se rendait déjà régulièrement au supermarché, avait l’impression de vivre en démocratie, croyait au libre-arbitre et était convaincu que le travail était émancipateur.

Il fallait donc que cette nouvelle torsion se déplace vers le terrain politique. En créant le FN d’une part et en théorisant la fin des partis d’autre part, le capitalisme a donc su trouver une porte de sortie honorable, réifiée par un pur produit pré-fabriqué, sans âme mais qui fait le boulot. Un petit pantin belle gueule qui saura, nul n’en doute, renvoyer la balle car c’est un excellent joueur de tennis de table. Et que de nombreuses garanties ont été prises.

Marx serait stupéfait de tant de machiavélisme. Une nouvelle fois, il serait admiratif des marketeux de l’ombre, du travail des think tank, de la prouesse des lobby.

Le capitalisme rebondit encore une fois. Tant que le roitelet n’est pas nu, il peut encore y croire. Mais jusqu’à quand ? Une nouvelle force grandissante gronde à ses portes. Une nouvelle génération de précaires qui a compris, en dépit de ses bac +5, qu’elle serait privée de l’accès au marché du travail. Leurs parents, issus de la petite bourgeoisie intellectuelle vont aussi, par capillarité, commencer à le comprendre. Alors il nous est permis d’espérer que le bloc historique de Gramsci se reforme. Une nouvelle alliance entre la petite bourgeoisie et les prolétaires. Une force incroyable de plus de 50 millions de français. Une France insoumise aux manipulations répétées de la doxa néo-libérale. Une France qui empruntera les pas de Michel Foucault à Zabriski Point et verra enfin la lumière sur son chemin.

Front républicain ou Front national ?

Le double-jeu de la République

par Serge Bastidas

L’affaire semble entendue et ne plus souffrir le débat : dimanche prochain, nous voterons tous pour Emmanuel Macron. Pour sauver la France, pour sauver la République, pour sauver la démocratie en danger, nous devons nous mobiliser, malgré l’aversion et l’animosité que suscitent le candidat d’En Marche ! et son programme, et leur accorder un suffrage, qui, insistons-nous, « ne sera en aucun cas un blanc-seing » pour gouverner.

Ainsi, face au « péril fasciste » que représente le Front national, tous les « acteurs » de la vie politique française (médias, politiciens et citoyens) se sont mis en marche (c’est le cas de le dire) pour expliquer aux autres (ceux qui doutent encore) ce qu’il faut faire, à l’aide d’une pédagogie bien rodée, dépoussiérant par là même un ancien théâtre de marionnettes qui porte le nom très évocateur de Front républicain.

Notez bien la majuscule au mot front, car elle est cruciale : son omission empêcherait de saisir que ce Front, qui se constitue spontanément par un mimétisme d’affects antifascistes à l’occasion de chaque arrivée du Front national au second tour d’une élection, c’est un véritable mouvement politique, reconnaissable entre tous à sa biologie éphémère (il ne dure que deux semaines) et à sa constitution contrainte (on voudrait faire autrement). En un mot, il s’agit ni plus ni moins que d’un deus ex machina qui revient chaque fois que la Ve République et ses institutions sous respirateur artificiel doivent être ranimées d’urgence.

La force idéologique du Front républicain réside précisément dans sa capacité à mobiliser les citoyens, pourtant de moins en moins enclins à avaler les couleuvres lancées quotidiennement par les experts, pour tirer d’eux un consentement d’un instant, le temps d’un vote. Mais chacun semble y trouver son compte : d’un côté, les électeurs du Front national jubilent d’affronter une énorme coalition, un Goliath qu’ils fantasment un jour de terrasser ; de l’autre, les « Républicains » sont soulagés d’avoir fait leur bonne action en sauvant la démocratie, quitte à s’être un peu salis. Voilà comment se forme une émotion doublement théâtrale, de joie démente et de lamentation hypocrite, sur chaque moitié du visage de Janus de la République sépulcrale. Ceux qui, ne trouvant pas où se placer dans ce schéma des consciences, ont le malheur d’envisager l’abstention, le vote blanc ou le vote nul, sont raillés, moqués, insultés et parfois menacés par les frontistes des deux écoles : ils ont droit à tous les respects que la République unie mais divisée réserve à ses dissidents, ceux qui ne se satisfont pas d’un choix arraché de force.

Et qui peut leur en vouloir, eux qui ont à choisir entre le pire et le pire, entre l’ultra-libéralisme et le nationalisme autoritaire ? Les programmes de monsieur Macron et de madame Le Pen s’opposent, certes. Mais s’ils sont opposés, ils sont surtout complémentaires : ils sont les deux versants d’une même pièce, mais les deux faces n’en sont pas moins hideuses l’une que l’autre. Seulement, l’une a le bonheur d’être plus invisible, plus masquée, moins ouvertement outrancière. Car la destruction progressive du code du travail que nous promet Emmanuel Macron (et qu’il a déjà bien amorcée) et donc la précarisation grandissante des travailleurs, qui en retour alimente l’extrême-droite, ne se voit pas à court terme, mais seulement dans la durée, lorsque tous les effets législatifs de modification des règles du jeu salarial sont entrées dans les stratégies d’entreprises. Aussi, l’une n’est pas pire que l’autre à cause de son racisme ou de sa xénophobie. Mais ceux qui la mort dans l’âme iront soutenir le candidat de l’extrême-finance essaient de nous convaincre de faire pareil par un calcul arithmétique qui veut que le racisme est à peu près pire que tout ; or cette opération est simpliste et grotesque. Ce serait comme nous dire : « si vous vous jetez du 20e étage, vous souffrirez moins que si vous sautez du 30e. » Que la mort soit assurée dans tous les cas n’entre visiblement pas en ligne de compte dans l’équation.

De fait, toutes les exhortations au « courage » et au « dépassement des états d’âme » « nécessaires » pour « faire le choix qui s’impose », au-delà de leur similarité lexicale troublante avec les schèmes les plus typiques de la pensée ultra-libérale (« There is no alternative »), résonnent comme les ressorts d’une terrible manipulation et d’un chantage inconcevables dans un régime qui se prétend démocratique. Elles sont d’autant moins légitimes qu’elles sont hors de propos. Le courage ne réside pas dans l’obéissance aveugle à la bienséance anti-raciste qu’on brandit à tour de bras dès qu’on se confronte au Front national1. Lorsque l’action est mauvaise, le courage réside dans l’inaction ; lorsque le vote est indésirable parce qu’impossible, lorsque le choix est un non-choix, la détermination et la force de caractère se lisent dans les bulletins silencieux, car, dans une situation aussi critique que la nôtre, de tels silences sont les plus éloquents discours.

1 La bienséance antiraciste est une idéologie délirante qui trouve normal de s’unir contre le Front national au second tour à cause de son caractère anti-républicain, mais qui autorise tout de même ce parti à exister à se présenter au nom du droit à la constitution de parti politique garantie par… la République.

Un revenu universel, des visions plurielles

Un revenu universel, des visions plurielles

 

Depuis que le philosophe Thomas Paine, s’est exclamé en 1792 du haut de la tribune de l’Assemblée nationale : « sans revenu, point de citoyen », l’idée d’un revenu citoyen n’a cessé de faire son chemin. Jusque-là cantonnées à la sphère intellectuelle, les propositions de Benoît Hamon et de Yannick Jadot, lors de la présidentielle 2017, ont porté le débat auprès du grand public.

Ce nouvel engouement, qui s’est diffusé notamment via Internet, a remis sur le devant de la scène l’ensemble des propositions émises par de nombreux philosophes, économistes, journalistes, sociologues. Mais les différences de nature entre les propositions, et les visions qu’elles soutiennent, sont substantielles.

Les libéraux voient dans le revenu d’existence une roue de secours du capitalisme. Les perspectives montrent peu ou prou que les effets de la « robolution » et de la progression de l’intelligence artificielle vont engendrer dans les dix prochaines années la disparition d’environ 45 % des emplois (source : rapport du MIT). Le nombre de personnes évoluant en dessous du seuil de pauvreté devrait alors rapidement dépasser les 20 %. Et les conséquences pour l’économie seront catastrophiques, car une partie des classes moyennes, autrefois en mesure de maintenir le système à flot, sera précarisée.

Les libéraux souhaitent donc un plan Marshall de la consommation. En octroyant un revenu universel, la prolongation du système capitaliste serait assurée, pour quelques années encore.

Selon eux, le dispositif réduirait les tensions entre travailleurs et entreprises, facilitant les reconversions, l’accès à la formation, libérant la créativité et les partages d’expérience, réduisant les temps d’activité et fluidifiant globalement le marché du travail. Les coûts de santé publique diminueraient mécaniquement : moins d’arrêts maladie, moins de pathologies liées au stress et au surmenage, moins de souffrance au travail, etc.
L’opportunité de réduire la protection sociale et l’ingérence de l’État est la deuxième raison qui pousse les libéraux à soutenir le revenu universel.

Beaucoup de propositions financent le RU par intégration des prestations sociales non contributives (RSA, allocations familiales) et certaines vont jusqu’à intégrer des prestations sociales contributives (chômage et retraites). D’autres, plus malines, proposent par exemple d’augmenter des cotisations sociales qui n’auraient pas d’équivalent patronal (augmentation de la CSG chez de Basquiat- Revenu Liber).

Selon le philosophe Bernard Stiegler, la mise en place du revenu universel dans sa version libérale (situé entre 500 € et 800 €), pourrait s’avérer dangereuse, s’il devient « un blanc-seing pour transformer la société vers encore plus de dérégulation, donc d’incurie et de prolétarisation ».

Il deviendrait un RSA pour tous, sans grand espoir de gagner plus, et donnerait l’opportunité à certaines entreprises d’accroître leurs bénéfices, laissant un marché du travail-emploi soumis aux pressions sur les salaires et sans espoir d’émancipation pour les travailleurs.

À l’opposé, le revenu universel représente un outil d’émancipation et de lutte contre les discriminations pour de nombreux autres intellectuels, avec l’ambition de permettre aux bénéficiaires de vivre librement et dignement. Le revenu universel rendrait possible le double objectif de libérer le peuple du travail-emploi et de lutter contre la pauvreté, avec un véritable revenu d’existence et non un simple revenu de subsistance. Cette vision progressiste ouvre de nouvelles perspectives et des paradigmes sociétaux inédits. Certains vont jusqu’à proposer une socialisation globale de l’économie (Bernard Friot – Le salaire à vie).

Leur projection sur notre infographie montre le potentiel de modification systémique que ces propositions pourraient apporter. Alors que les propositions des libéraux ne remettent pas en cause les équilibres fondamentaux du système actuel, les propositions du quart nord-est de l’infographie font apparaître des modèles potentiellement innovants. Bernard Stiegler propose, au-delà du revenu de base, un revenu contributif basé sur le modèle des intermittents du spectacle. Le principe est testé en ce moment à Plaine Commune.

Yann Moulier-Boutang se singularise, quant à lui, par le mode de financement de son RU, qui consiste à appliquer une taxe sur les flux de capitaux. D’un montant de 2 %, cette taxe pourrait financer un revenu de base de 1200€ pour l’ensemble des Français, sans toucher aux autres équilibres. Yoland Bresson propose de son côté que la création monétaire bénéficie directement aux individus. Enfin, Bernard Friot, avec son salaire à vie, se distingue par son ambition d’élargir le modèle de la Sécurité sociale aux salaires, via des cotisations alimentant des caisses de répartition. La plupart de ces modèles fixent un niveau de revenu universel au niveau du Smic actuel et au-delà, permettant d’assurer à l’ensemble de la population un revenu d’existence suffisant pour permettre leur émancipation par rapport au travail contraint.

Pour autant, ces modèles ne sont pas tous aboutis, laissant place à la détermination de certains seuils ou de certaines mécaniques par la concertation démocratique. Ces réflexions appellent des réponses à des questions fondamentales sur la notion de travail comme sur celle de la valeur.

Quel est le processus de construction de la valeur ?

Le travail libre est-il productif ?

Quelle est la nature d’une contribution ?

Des problématiques fondamentales qui appellent à l’avenir un débat conceptuel passionnant.

 

Serge Bastidas, Gwendal Uguen, Aurélien Vernet, Martial Bouilliol

L’erreur des macronistes

Les macronistes ont été indignés par les prises de paroles de JLM, ou plutôt par l’absence de prise de parole, puisque celui ci, conformément à son aspiration démocrate, a souhaité laisser ses électeurs choisir leur point de vue à leur guise.

Certes, la réaction de nombreux « Insoumis » a consisté en un premier temps à hurler  » Jamais je n’irai voter Macron ». Il s’agissait bien entendu d’un rejet logique, on ne peut pas demander à quelqu’un qui aspire à l’égalité sociale, qui souhaite la paix dans le monde, la concorde et la sauvegarde de la planète, de souscrire à un programme ultra-libéral, porteur de destruction écologique et de renforcement des inégalités au profit des riches et en maintenant la plus grande partie du peuple dans la précarité. Le chantage au vote, du fait de la présence du FN, conséquence des politiques libérales depuis la révolution tatchérienne, le chantage au vote est devenu une habitude et le peuple de gauche n’en peut plus.

Toutefois, il était tout aussi logique qu’après réflexion, la raison l’emporterait. Ou plutôt la nécessité absolue de faire barrage à l’ignoble.

Une des caractéristiques de la gauche est de s’entre-déchirer. Nous sommes capables d’oublier le vrai danger et de retourner notre ressentit contre les personnes qui participent à la même lutte que nous mais présentent des divergences. Une fois les choses calmées nous retrouvons en général l’esprit de la convergence. Mais dans l’intervalle, la tempête est parfois rude.

La première erreur des macronistes est de ne pas avoir donné le temps à la tempête de se calmer toute seule traduisant leur inculture sociologique.

La deuxième erreur a été la stigmatisation organisée. Les macronistes n’ont cessé d’utiliser l’insulte, manier le mépris, accabler JLM, tout le contraire de ce qu’il fallait faire. L’attitude méprisante de certains militants l’aura été jusqu’au bout, renforçant la méfiance du macronisme au sein du peuple de la gauche radicale, ce qui est un comble car le parti contre lequel il fallait s’opposer était bien évidemment le FN.

Enfin, le choix de l’argument n’était pas le bon. Aller accuser les « insoumis » de complicité avec le racisme est pour le moins une incroyable sottise et au pire la plus terrible des insultes quand on connait leur implication dans les luttes de toutes sortes contre le fascisme.

Les macronistes ont perdu leur lucidité, et ils porteront donc une lourde responsabilité dans le poids des abstentionnistes et du vote blanc.

Alors je me suis demandé pourquoi leur attitude avait été aussi peu stratégique et finalement contre-productive. En fait, ce qui a cristallisé leur attitude, c’est leur haine de Mélenchon et de la gauche radicale. Leur haine du communisme. Elle est viscérale, fondamentale. Leur rejet et leur dégout de tout système alternatif qui convoquerait un partage ou une meilleure répartition des richesses. Leur attachement sans limite à la propriété privée et à l’accumulation infinie du capital.

A partir de là, selon eux, les « Insoumis » ne pouvaient qu’incarner des êtres d’incompréhension. Ils étaient forcément dans l’erreur, dans le faux. Ils devenaient des ennemis.

La volonté de maintenir un système de domination basé sur la richesse matérielle va une fois de plus marquer cette élection, qu’elle entérine la victoire du libéralisme ou celle du fascisme. Mais il ne faudra jamais oublier une chose. La France libérale méprise tout autant le vote FN que l’insoumission de l’Avenir en Commun. Cette France libérale considère de la même façon les électeurs FN que les électeurs de la gauche radicale. Il s’agit pour eux dans les deux cas que de la vulgate populiste…

 

Martial Bouilliol