IDRISS ABERKANE, ROUE DE SECOURS DU CAPITALISME

Les critiques à l’encontre du discours d’Idriss Aberkane sont légions. Il y a de nombreuses raisons à cela. Certains le font par simple jalousie, envieux de la réussite médiatique du jeune prodige. D’autres sont désireux de rétablir une vérité scientifique par rapport aux inexactitudes professées par ce « chercheur » en sciences cognitives. D’autres encore sont choqués par le caractère hagiographique du CV d’Aberkane.

 

Pour autant, nous pouvons comprendre l’intérêt qu’il suscite auprès des détenteurs du pouvoir économique. Dans un monde qui perd pied, les politiques économiques actuelles doivent réaffirmer leur légitimité. Le capitalisme se sait condamné à terme. Tout acteur un tant soit peu averti est parfaitement conscient que le système vit ses dernières heures. Accumuler le maximum de profit sur les 15 prochaines années reste le dernier enjeu significatif pour les capitalistes libéraux.

Certes, le problème n’est pas nouveau et l’histoire du capitalisme est déjà émaillée de nombreuses tentatives destinées à restaurer un brin de confiance face à la baisse tendancielle des taux de profit. Nous avons déjà eu droit au mythe Schumpeterien, à la révolution libérale, au passage de l’usage à l’image, au recours aux théories comportementales, à la transformation du désir en pulsion, etc… Hélas, trois fois hélas, ces tentatives ont toutes échouées in fine, démontrant au passage que le système capitaliste est fondamentalement inefficace dans sa capacité à nous prodiguer de l’équité, de la liberté, de la solidarité et du bonheur.

 

Alors, dans cette guerre de l’esprit, – les fables fondatrices du capitalisme doivent rester crédibles – le discours d’Idriss Aberkane résonne comme une des dernières opportunités permettant de prolonger pour quelques années encore l’enrichissement de quelques uns dans un océan d’entropie.

 

Le discours d’Idriss Aberkane utilise toutes les clés de la manipulation : conditionnement associatif, performativité, symbolisme, etc. Il est tellement efficace qu’il pourrait susciter une certaine forme de consensualité. Le discours critique pourrait même parfois se retrouver dans certaines de ses propositions :

– La suppression des notes à l’école permettrait de modifier sensiblement le modèle élitiste dans lequel nous vivons et favoriserait l’accès au savoir critique pour de nombreux citoyens jusqu’ici exclus du système scolaire.

– La mise en branle d’une économie de la connaissance permettrait une meilleure individuation des acteurs en permettant un rapprochement entre la production et la consommation des idées.

– La prise en compte de la logique Spinoziste consistant à reconnaître l’irrationalité de l’homme et le fait que nous sommes guidés par nos affects, aurait pour conséquence la reconnaissance du déterminisme et donc de nombreuses incidences en terme de droit, de justice, de morale et surtout d’économie, ce qui devrait irrémédiablement conduire à la fin de deux siècles de convictions classiques et monétaristes.

– La reconnaissance de la manipulation opérée par le marketing et la publicité ouvrirait des perspectives de désaliénation. « Libérez votre cerveau » semble même être un appel à une forme de résistance.

Etc.

 

Mais très vite, l’illusion s’évapore.

Dans la logique Aberkanienne, le maniement de ces concepts n’a pas pour objet de changer fondamentalement le cours de choses. La dimension sociale n’est jamais évoquée, les principes de domination ne sont jamais abordés, la notion de propriété – pourtant essentielle – n’est pas un sujet.

Dans le meilleur des cas, le discours sert des aspirations de développement personnel. Mais il ne vise en fait qu’à remplacer une ancienne classe dirigeante figée, rouillée, usée, sédentarisée, paralysée par une nouvelle classe dirigeante, moderne, dynamique, audacieuse, décomplexée, résolue.

 

Si elle n’a pas suivi les mêmes cursus que celui de ses aînées, cette nouvelle élite poursuit néanmoins les mêmes objectifs, elle ne le fait pas avec les mêmes moyens mais sa rapacité reste la même, son instinct prédateur reste intact.

Tout change mais en fait rien ne change

 

Ce renouveau affairiste me fait terriblement penser à ce que nous avons vécu en France au niveau politique : un dégagisme qui n’a fait que remplacer des individus par de nouveaux individus possédant la même idéologie conservatrice et la même ambition : perpétuer un système mortifère au profit des puissants pour quelques années supplémentaires.

 

 

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